DIRECT. Procès Jubillar : expertises téléphoniques, chiens pisteurs… L’enquête passée au crible

Ouest France - 25/09
Le procès de Cédric Jubillar, poursuivi pour le meurtre de sa femme Delphine, continue ce jeudi 25 septembre. Ce peintre plaquiste de 38 ans nie depuis le début les faits qui lui sont reprochés. Après un duel hier entre le directeur d’enquête et la défense, les débats portent aujourd’hui sur les inv...

Près de cinq ans après la disparition de Delphine Jubillar, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, le procès de son mari, Cédric, se tient devant la cour d’assises du Tarn, à Albi. Cette infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, n’a plus donné signe de vie depuis cette nuit-là.

Le procès est entré, hier, dans le vif du sujet : la défense de Cédric Jubillar a longuement questionné - et bousculé - le directeur d’enquête, qui était venu présenter à la cour les éléments qui démontrent, selon l’accusation, l’implication du peintre plaquiste de 38 ans dans la disparition de sa femme.

Les débats se poursuivent aujourd’hui avec l’audition d’enquêteurs qui ont travaillé sur les aspects techniques des investigations. Un expert chargé de la téléphonie puis un maître-chien ont été entendus ce matin.

L’audience reprend

L’expert entendu, un homme de 47 ans, habillé en costume, travaillait en 2020 et 2021 comme expert en technologies numériques pour la gendarmerie. Il a analysé le téléphone de Cédric Jubillar.

Il n’y aura plus de captation d’images de Cédric Jubillar lors du procès

La présidente de la cour d’assises du Tarn a ordonné l’interdiction totale de toute captation visuelle du principal suspect dans la disparition de Delphine Jubillar, après la diffusion ce mercredi 24 septembre d’une séquence interdite par l’émission « Quotidien ».

Procès Cédric Jubillar : interdiction de diffuser des images, les journalistes de Quotidien exclus

L’audience est suspendue

Elle reprendra à 14 h.

La défense pose ses questions

Me Franck prend la parole : « Si le corps d'une victime est enroulé dans une couette ou une house de couette qui lui appartient et qui n'a pas été lavée, que se passe-t-il ? » Le maître chien répond : « Il y a une odeur, mais une odeur moins forte que celle dégagée par la personne. »

« Vos chiens, qui sont des spécialistes, n’ont pas été en capacité de suivre la trace de Delphine Jubillar »

« Le chien ne prend que l’odeur la plus récente », déclare le maître-chien après une question de Me Boguet.

« Vos chiens, qui sont des spécialistes, n’ont pas été en capacité de suivre la trace de Delphine Jubillar », résume Me Boguet. La dernière piste trouvée par les chiens datait de la journée du 15, quand la mère de famille a sorti ses chiens.

« Si on enveloppe un corps, on risque de dissimuler l’odeur humaine ? », demande également l’avocat des parties civiles. « Ou l’atténuer », répond le maître-chien.

Une personne morte ne dégage plus d’odeur

L’avocat général demande : « Y a-t-il moyen de dissimuler une odeur ? » Le maître-chien répond : « Tant que vous respirez, vous dégagez une odeur humaine. Vous mourez, dans l’heure qui suit, votre corps arrête de dégager une odeur humaine. »

En revanche, les vêtements continuent de sentir, même si cette odeur est beaucoup moins forte que celle dégagée par un corps.

La victime ne serait pas montée dans une voiture

« - Pour vous, il est exclu que la victime soit montée dans une voiture ?, demande Pierre Aurignac, avocat général.

- Oui, si elle était montée dans un véhicule, le chien se serait arrêté. »

Le trajet pisté par le chien le 16 décembre

Le matin du 16 décembre 2020, le maître-chien se rend sur les lieux avec Maya, une femelle berger allemand âgée de 4 ans. Dans la salle de bains, le gendarme prend dans le panier à linge sale deux sous-vêtements de Delphine Jubillar comme odeur de référence.

Ce matin-là, le chien décide de partir à droite et va vers la station d’épuration, avant d’arriver dans un champ, d’emprunter la rue Édith Piaf puis de suivre une piste qui revient au domicile. Une boucle que la victime empruntait pour promener les deux chiens du couple. Temps des opérations : 25 minutes.

Après un temps de repos conséquent, le chien est amené à chercher de nouveau une piste à partir du domicile et suit sensiblement la même piste. Temps des opérations : 50 minutes.

On ne peut en déduire que deux choses, dit le témoin : que Mme Jubillar a pris ce chemin moins de 24 heures avant, ou que le chien a perdu la piste. Le maître-chien privilégie la première hypothèse.

Une odeur de référence pour le chien

« Les chiens travaillent avec une odeur de référence de la personne recherchée », souvent un linge, un habit lui appartenant. Le maître-chien rapporte avoir pris de grandes précautions pour qu’il ne reste sur le vêtement utilisé que son odeur et celle de la personne recherchée.

Le chien travaille toujours de la même façon, continue-t-il. Il est « conditionné ». Puis, on lui fait faire un « inventaire d’odeur », une grande boucle autour de l’endroit des recherches, qui permet au chien de comparer les odeurs et d’écarter celles qui ne l’intéressent pas. On vérifie ensuite que le chien « respire » bien.

« Ensuite, il lui reste une chose à faire. Je lui dis : « cherche ». Il travaille, je le suit. »

« Une personne, une odeur », explique maître-chien à la barre

Un nouveau gendarme est appelé à la barre. Cet homme de 50 ans, qui paraît en habits civils, était maître-chien durant l’enquête.

« Le pistage, c’est le fait d’essayer de retrouver une personne avec un chien grâce à son odeur personnelle », expose-t-il. Chaque personne a une odeur personnelle propre : « Une personne, une odeur. »

Une odeur étant fine, elle peut se décaler en fonction des conditions climatiques. Plus une piste est ancienne, plus elle peut se dégrader, notamment en cas de forte chaleur ou de grand froid.

En outre, « c’est un exercice fatigant » pour le chien.

Les cartes SIM du couple n’ont pas été insérées dans d’autres téléphones en décembre 2020

La défense entame un nouveau tour de questions. Me Martin demande une précision : « Les cartes SIM de Delphine et Cédric n’ont été intégrées que dans leurs boîtiers, pas dans d’autres ? » « Oui », répond le gendarme.

Me Franck revient sur l’étude de la box internet du couple, ou plutôt son absence d’étude. Les gendarmes ont envoyé une réquisition pour saisir les données de cette box mais n’ont pas reçu une réponse positive, avait affirmé plus tôt ce matin l’analyste criminel. L’avocate de Cédric Jubillar affirme qu’il n’existe pas de réquisition en ce sens versée au dossier.

Le téléphone de l’accusé éteint plusieurs heures

Cédric Jubillar n’avait éteint son téléphone que deux fois au cours de l’année 2020, rappelle l’avocat des parties civiles. Puis, la nuit de la disparition, il est hors tension pendant plusieurs heures. C’est donc un comportement inhabituel, rappelle l’avocat des parties civiles.

Le podomètre de Cédric Jubillar n’a enregistré que 46 pas entre 3 et 4 h du matin

Me de Caunes, avocat des parties civiles, revient sur un élément à charge collecté par les enquêteurs : les données du podomètre de Cédric Jubillar. L’accusé avait habituellement presque constamment son téléphone sur lui, sauf lorsqu’il était en charge. Entre 3 h et 4 h du matin la nuit de la disparition, le podomètre de l’accusé n’enregistre que 46 pas. « Vu le nombre de pas, il n’a pas pu dépasser le périmètre de son jardin » pour rechercher son épouse sur cette plage horaire, note l’analyste criminel.

Au cœur de la nuit, alors qu’il dit être en train de chercher sa femme, Cédric Jubillar se connecte sur le site du Bon coin, pointe également Me de Caunes. Le gendarme opine.

En août 2020, Delphine était sortie de chez elle en soirée

En août 2020, Delphine était partie du domicile dans la soirée pour aller observer les étoiles et échanger avec son amant. Elle avait tardé à rentrer. Cédric Jubillar s’était là aussi aperçu de l’absence de son épouse.

Ce soir-là, « il va rentrer en contact avec une amie de Delphine, il va appeler Delphine, qui va lui répondre », pointe Me Martin. « Finalement, il a le même comportement » que quelques mois plus tard, lors de la nuit de la disparition de son épouse, souligne l’avocat de Cédric Jubillar.

Retour sur « la piste du deuxième téléphone »

On revient sur la piste d’un deuxième téléphone de l’accusé. « Est-ce que vous me confirmez qu’en décembre 2020, les boîtiers téléphoniques de l’un et de l’autre ont uniquement accueilli leur carte SIM ? », demande Me Martin.

« J’irai un peu plus loin », répond l’analyste criminel. « Un boîtier de téléphone a un numéro IMEI, et à partir de celui-ci, on peut demander aux opérateurs quelle carte SIM y a été associée. » Ils peuvent donc affirmer que les boîtiers téléphoniques du couple n’ont reçu aucun...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...