Sur la ligne mauve, ma rame est remplie de têtes du mardi, certaines penchées sur leur téléphone, d'autres regardant par la fenêtre alors que les gratte-ciel de Chicago se rapprochent. Moi, si j'ai pris place dans ce train surélevé, c'est pour me masturber.
Non, pas pour le faire tout de suite et risquer la garde à vue. J'ai rendez-vous au département d'andrologie, au huitième étage d'un immeuble du centre-ville.
Peut-être ne savez-vous pas ce qu'est l'andrologie. C'était d'ailleurs mon cas avant cette virée en train. Et mon traitement de texte part du principe que j'ai fait une faute d'orthographe. Mais l'andrologie est bien vivante. C'est un dérivé de l'urologie. L'andrologue est la personne chargée de l'aspect masculin des problèmes de fertilité. Aujourd'hui, dans mon agenda, j'ai réservé un créneau pour une «analyse de sperme».
Monsieur Enkoff, le professeur chargé des cours d'éducation sexuelle lorsque j'avais une douzaine d'années, ne nous avait jamais parlé d'analyse du sperme. Pour lui, l'évaluation coulait de source: notre sperme était une arme puissante, capable de mettre automatiquement n'importe quelle femme enceinte. En ayant des rapports sexuels, comme tous ses livres et vidéos le rabâchaient, on gâchait sa vie car il allait falloir s'occuper de celle d'un autre.
Soit un bon gros mensonge. À ce stade de ma vie, j'ai 34 ans et nous avons tout tenté avec ma femme pour fonder une famille. Nous faisons l'amour. Elle...
[Courte citation de 8% de l'article original]