Shérazade Zaiter: "l'exode climatique nous concerne tous"

GEO - 29/08
Aujourd'hui, il n'existe aucun instrument juridique qui protège les déplacés environnementaux. La juriste en droit international Shérazade Zaiter propose de créer une "citoyenneté environnementale universelle". Explications.

Shérazade Zaiter est juriste en droit international. Enseignante à l'université et à l'École supérieure de commerce de Limoges, elle est également ambassadrice pour le Pacte européen pour le climat et auteure d'un nouvel ouvrage aux éditions Érick Bonnier : "Le Grand Déplacement – L'Exode climatique" (juin 2025).

GEO : Le titre de votre livre fait inévitablement référence au "grand remplacement". Comment expliquez-vous la popularité de cette théorie complotiste, malgré son absence totale de fondement ?

Shérazade Zaiter : Tout simplement, par la peur : la peur des autres, celle d'être envahi, celle d'être submergé par les étrangers – d'ailleurs, le mot "submersion" a été utilisé il y a peu, ce dont je parle au tout début de mon livre.

Plus on parle de choses que les gens vont craindre – "nous allons être envahis par des gens qui vont venir nous prendre notre territoire, notre culture, notre travail", nous dit-on –, plus on raconte des mensonges, soutenus par certains médias, et plus cette théorie complotiste va prendre racine. Et c'est ce qui se passe actuellement.

Vous dites qu'en réalité, il serait plus juste de parler de "grand déplacement", à l'appui de nombreux arguments. Quelle est la différence entre ces "déplacés environnementaux" et ce que l'on pourrait appeler des "réfugiés climatiques" ?

Lorsque l'on parle de "grand remplacement", il n'y a pas, en effet, de fondement scientifique ou d'étude selon laquelle nous serions "grand remplacés" par des étrangers. En revanche, le "grand déplacement" s'appuie sur des faits, des chiffres.

Les déplacements peuvent être dus à des conflits ou à des guerres, mais aussi, et c'est le sujet de mon livre, à des catastrophes naturelles ou bien aux conséquences du réchauffement climatique.

En 2023, 26 millions de personnes dans le monde se sont déplacées à cause des catastrophes naturelles. En 2024, c'était près de 46 millions, presque le double. Or, les perspectives pour les prochaines années sont encore plus frappantes. D'ici à 2050, la Banque mondiale a indiqué que 216 millions de personnes pourraient se déplacer pour ce motif. L'Institut pour l'économie et la paix, lui, précise que ce serait plutôt autour de 1,2 milliard.

Ces déplacements surviennent, par exemple, lorsque les glaciers s'effondrent. En Suisse, où cela s'est produit récemment, 300 personnes ont dû être déplacées. Or, actuellement, deux milliards de personnes vivent autour des glaciers.

Parmi ces personnes déplacées, il y a des hommes mais aussi des femmes. Quel est le sort particulier réservé à celles-ci, à la fois touchées par ces catastrophes mais également à travers le déplacement qui leur est imposé ?

Dans mon livre, je m'interroge : "les femmes sont-elles des victimes persécutées par la nature ?" Évidemment, non ! La nature ne choisit pas entre les hommes, les femmes et les enfants : elle ne fait que s'exprimer. Lorsque survient une avalanche, un tsunami, des sécheresses ou des inondations, les victimes ne sont pas choisies selon leur genre.

Et pourtant ! Dans la réalité, il y a en moyenne deux fois plus de femmes que d'hommes victimes de catastrophes naturelles. Comment l'expliquer ? Deux chercheurs ont étudié 200 catastrophes naturelles dans 141 pays sur une période de 21 ans. À chaque fois, il y avait davantage de femmes – jusqu'à 90 % supplémentaires – parmi les victimes.

Par exemple, lors du tremblement de terre à Kobe au Japon en 1995, on recensait 50 % de victimes en plus parmi les femmes. Pourquoi ? Parce qu'il s'agissait essentiellement de personnes âgées, qui vivaient dans les villages touchés et qui n'ont pas pu être secourues.

De la même manière, en 1991, au Bangladesh, de terribles inondations ont fait 70 % de victimes en plus parmi les femmes. Quant au tsunami du 26 décembre 2004 qui a ravagé toute l'Asie du Sud-Est jusqu'en Afrique, faisant environ 230 000 morts et des milliers de déplacés, encore une fois, dans certains villages situés en Inde et en Indonésie, on a pu compter jusqu'à 80 % de femmes victimes en plus.

Cela s'explique tout simplement parce que les femmes restent en général avec les enfants, ou qu'elles tentent de les sauver. Souvent, elles se trouvent dans leur cuisine, ou du moins à l'intérieur. En outre, lorsque la catastrophe arrive, elles ne savent pas nager ni grimper aux arbres, ce qui les rend particulièrement vulnérables face à ces catastrophes.

À Aceh (Indonésie), lorsque le tsunami est arrivé, les femmes se trouvaient sur la plage : elles attendaient les hommes partis pêcher. Elles...
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