Dans l’ombre de la guerre à Gaza, la brutale agonie de la science

Par Antoine BeauPublié le 27/08/2025 à 07:45 - L'Express - 27/08
Autrefois prolifique, la production scientifique de l’enclave s’est progressivement tue, étouffée par les bombardements israéliens.

Il est presque 17 heures, sur le campus de l’université Sorbonne-Nord, à Villetaneuse, fin juin. Derrière les grandes baies vitrées du complexe universitaire, le ciel de Seine-Saint-Denis gronde sourdement. A l’approche d’un avion, Amal Kahlout sursaute, ses épaules remontent instinctivement vers ses oreilles, comme si le plafond allait s’effondrer. "Excusez-moi, dit-elle en se forçant à sourire, même ici, j’ai du mal". Ses mains tremblent légèrement au-dessus d’un verre de lait à la pastèque, son préféré. "Où en étais-je ?", demande-t-elle, perdue un instant.

Difficile à dire. Même quand elle n’est pas préoccupée par les bruits de moteur au-dessus d’elle - 14 juillet oblige - Amal Kahlout, 56 ans, n’arrive plus vraiment à suivre le cours de sa vie, percutée par la guerre. Avant que Tel-Aviv ne se mette à pilonner systématiquement Gaza, cette scientifique au regard doux et à la voix fluette était la doyenne de l’université Al-Azhar, un grand complexe de recherche situé au nord de l’enclave. Après sept mois sous les bombes, la chercheuse a dû se résoudre à rejoindre la France, où elle a trouvé l’asile en avril 2024.

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Amal Kahlout parle encore au présent de ses longues journées passées au laboratoire, à mener des recherches sur les nanoparticules, sa spécialité. Même ici, dans la banlieue parisienne où elle a atterri, elle dit qu’elle "est" physicienne à Al-Azhar, comme si, à tout moment, son institution, transformée en synagogue par l’armée israélienne, pouvait renaître de ses cendres : "A quel moment faudra-t-il considérer tout ça comme du passé ? Demandez à Israël. Notre sort est entre leurs mains", s’énerve-t-elle.

Des laboratoires transformés en synagogues

Autrefois prolifique, la production scientifique gazaouie s’est tue sous les bombardements des forces armées israéliennes. Des douze universités que comptait la zone, une densité comparable à des villes savantes telles que Cambridge ou Oxford au Royaume-Uni,...
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