Pêche, rituels et algues : comment les Vezo s’adaptent aux bouleversements climatiques à Madagascar

GEO - 16/08
Un vrai Vezo, dit-on, passe plus de temps dans l’eau que sur terre. Dans le sud-ouest de Madagascar, le long du littoral de l’une des régions les plus pauvres et les plus reculées de l’île africaine, ce peuple de pêcheurs aux origines lointaines continue à entretenir son mode de vie ancestral, en symbiose avec la mer. Envers et contre tout.

C'est un décor de rêve pour une fin théâtrale. Dans la lumière rase d’une fin d’après-midi, sur l’îlot malgache de Nosy Ve, quelques dizaines de villageois sont assis face à la mer, au pied d’un arbre trapu caressé par les derniers rayons du soleil. Devant eux, des petites tables bringuebalantes posées sur le sable accueillent des bouteilles d’alcool et de soda, une vieille maquette de chalutier à la coque blanche et verte, ainsi qu’une cabane miniature bricolée en planches de bois, appelée "maison des esprits". Une chèvre patiente à proximité.

Les Vezos dépendent des ressources qu’ils tirent de l’océan

Natana Kipake, 76 ans, le chaman du village, qui le reste du temps est assis sur la plage à fumer ses cigarettes, se lève et commence son office. Vêtu d’un polo et d’un bermuda, il entame une curieuse chorégraphie, rythmée par d’obscurs marmonnements et invocations. À ses côtés, des femmes jouent du tambour et entonnent des chants lancinants. Puis, Hosoanay, le fils de Natana, s’empare de la chèvre et l’égorge au-dessus d’un trou creusé dans le sable. Il étale son sang sur la fameuse maison des esprits, avant d’en verser une partie dans un bol placé à l’intérieur. L’animal sera ensuite passé au barbecue et partagé entre les villageois. Son sacrifice n’aura pas été vain : cette cérémonie tromba, typiquement malgache, sert à demander aux esprits des ancêtres la prospérité et la santé pour l’année 2025, qui débute ce jour-là. Ce qui signifie surtout ici une pêche abondante.

Le chaman Natana Kipake et son fils, Hosoanay, sont des Vezos, un peuple du sud-ouest de Madagascar, l’une des zones les plus sauvages et déshéritées d’un pays parmi les plus pauvres au monde. Ils seraient actuellement un peu plus de 15 000 à vivre de l’océan, selon une estimation de l’ONG Blue Ventures. Le coeur de leur territoire se situe entre les villes de Toliara (ou Tuléar) et de Morombe. Pour subsister, les Vezos dépendent des ressources qu’ils tirent de l’océan, avec lequel ils entretiennent une fascinante symbiose. Tout dans leur monde, des maisons aux murs en coquillages broyés jusqu’aux filets de pêche qu’ils bichonnent tels des trésors, est ancré dans la mer.

Aujourd’hui, ces maîtres de la survie et de l’autosuffisance s’efforcent de maintenir leur mode de vie ancestral dans une nature toujours plus fragilisée. Avec une résilience et un sens de l’adaptation qui forcent l’admiration – et parfois avec un petit coup de pouce du chaman.

600 Vezos issus du même clan

Le périple pour les rencontrer débute à Toliara. L’ancienne cité coloniale française, avec son plan en damier et ses boulevards Lyautey et Gallieni, est la seule grande ville du sud-ouest malgache. Son aéroport ...
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