Course aux drones en Afrique : résultats incertains pour les armées, dévastateurs pour les civils

AFP - - LaLibre - 25/07
Les célébrations de Pâques devaient être une rare parenthèse de répit à Gedeb, dans le nord de l'Ethiopie. Le 17 avril a viré au carnage dans cette petite ville de l'Amhara, rattrapée par la guerre qui oppose l'armée à la rébellion Fano. Et comme souvent, la mort est tombée du ciel.

Les célébrations de Pâques devaient être une rare parenthèse de répit à Gedeb, dans le nord de l'Ethiopie. Le 17 avril a viré au carnage dans cette petite ville de l'Amhara, rattrapée par la guerre qui oppose l'armée à la rébellion Fano. Et comme souvent, la mort est tombée du ciel.

A l'occasion de cette importante fête religieuse pour les orthodoxes et protestants éthiopiens, de nombreuses familles s'étaient rassemblées dans la matinée pour réparer l'école primaire locale.

Soudain, peu avant 11H00, "un drone a tiré sur la foule et pulvérisé beaucoup de gens sous mes yeux", raconte à l'AFP un habitant qui participait aux travaux.

Un vendeur de chaussures présent sur les lieux, dont le neveu a été tué sur le coup, met lui aussi en cause un drone armé, qui a continué de "planer dans les airs" une vingtaine de minutes après la frappe.

"Le spectacle était horrible: il y avait des têtes, des torses, des membres projetés un peu partout, et des personnes grièvement blessées qui hurlaient de douleur", se souvient-il.

Les autorités éthiopiennes n'ont pas communiqué sur cette attaque en Amhara, où la situation sécuritaire rend certaines zones très difficiles d'accès, et les communications sont soumises à d'importantes restrictions.

D'après l'un des deux habitants contactés par l'AFP, la frappe a fait "au moins" 50 morts, et selon le deuxième, plus de 100, un bilan corroboré par plusieurs médias locaux.

L'Éthiopie, et de nombreux pays africains avec elle, mise de plus en plus sur les drones comme un moyen peu coûteux de mener une guerre, souvent avec des résultats militaires mitigés mais des conséquences dévastatrices pour les populations civiles.

La frappe de Gedeb est l'une des plus meurtrières d'une série d'attaques de drones depuis le début du conflit, en août 2023, opposant l'armée éthiopienne et les Fano, milices populaires traditionnelles "d'autodéfense" de l'ethnie Amhara.

L'utilisation de drones par l'armée éthiopienne, qui a commencé durant la sanglante guerre du Tigré (2020-2022), s'est étendue aux régions de l'Amhara et de l'Oromia sur fond d'insurrections multiples.

Dans la seule région de l'Amhara, aujourd'hui la plus touchée, au moins 669 personnes ont été tuées depuis 2023 dans plus de 70 frappes de drones, selon des données collectées par l'ONG Acled et analysées par l'AFP. L'an passé, l'Ethiopie a mené au total 54 frappes, devancée par le Mali (62), le Burkina Faso (82) et surtout le Soudan (266), selon cette source.

- Cinq millions d'euros -

Technologies bon marché omniprésentes dans les conflits actuels, notamment en Ukraine, les engins pilotés à distance pour la reconnaissance et les frappes suscitent un engouement massif sur le continent.

Une trentaine de gouvernements africains ont acquis des drones, selon des données recoupées par l'AFP à partir du "Military Balance" de l'Institut international d'études stratégiques (IISS) et du Drone Proliferation Dataset du Center for a New American Security (CNAS).

Pendant des décen...
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