En 1974, Marie Fizaine a eu l'idée de rassembler ses amis du monde de la culture en les invitant dans l'emblématique village de Chassepierre, un des plus beaux villages de Wallonie. Le village était agité par un projet, auquel ses habitants s'opposaient farouchement. La construction d'un barrage sur la Semois aurait inondé définitivement le bas du village. Le succès du premier festival de Chassepierre a relégué le projet aux oubliettes.
Avec détermination, la petite dame de Florenville au regard pétillant derrière ses lunettes, a réussi son pari un peu fou et a mis en lumière le petit village. La passionnée de poésie, viscéralement attachée à sa terre, a non seulement laissé une œuvre où la Gaume est omniprésente, mais a laissé la trace d'un premier festival qui, 51 années plus tard, garde ce parfum où la poésie reste présente malgré son évolution.
Les 16 et 17 août, comme chaque année à la mi-août, ce parfum se mélangera avec les arts de la rue qui sont devenus prégnants dans un évènement qui s'est harmonisé aux temps qu'il a traversé. Dès 1976, Alain Schmitz en a pris la direction. Le Festival qui, les premières années, était principalement axé sur la musique folk et les échoppes des artisans, a progressivement évolué vers des spectacles et a introduit les arts de la rue. Il est aujourd'hui reconnu comme un des évènements européens les plus importants dans l'univers de cet art particulier. Il a cependant su garder l'âme de sa fondation. Chaque année, la même magie revient à Chassepierre : une poésie incomparable à toute autre envahit les rives de la Semois.
En août dernier, l'anniversaire des 50 ans a été somptueux, éclatant. C'est un fameux cap qui a été franchi et qui symbolise la réussite d'un des plus anciens festivals européens. A quelques semaines de la 51ème édition, le festival de Chassepierre se tourne résolument vers l'avenir.
"Nous devons préserver ce qu'un demi-siècle d'expérience et de compétence a tracé à travers toutes ces années, affirme la directrice Charlotte Charles-Heep. Nous avons la volonté de préserver cet héritage avec sa philosophie, son esprit. Nous voulons offrir un évènement culturel de qualité, accueillant et atypique, destiné aux publics les plus larges, les plus réceptifs, afin de rendre nos festivaliers le plus heureux possible. Mais nous nous donnons aussi des moments de liberté pour évoluer. En 2025, nous présentons une nouvelle identité, des nouveaux moments de programmations, une attention plus accrue au jeune public…"
2006 a été un tournant dans la programmation qui a été réfléchie pour créer une cohérence entre les spectacles proposés et les sites sur lesquels ils sont joués. Depuis lors le choix des artistes est construit autour d'un fil conducteur.
L'édition de ce mois d'août 2025 sera marquée par le thème : 'Nos mots et nos gestes'. Les spectacles, entre corps et textes, feront dialoguer jeux de jambes et jeux de mots dans une traversée de funambule sur un fil de paroles. Cette année, tout sera réuni pour que le Festival puisse gesticuler d'idées et de pensées poétiques.
Le nom de Chassepierre est aujourd'hui indélébilement associé au Festival comme à ce label de 'plus beau village de Wallonie' qu'il porte fièrement. Cette perle autour de la Semois est un minuscule territoire d'un tiers de km² au cœur de la ruralité gaumaise.
Les Chassepierrois, aussi appelés les 'Tchèssepîrôts' en patois local, forment une collectivité particulière qui, attachée à ses pierres comme à la prunelle de ses yeux, met un point d'honneur à ce que le village soit paré de ses plus beaux atours lorsqu'arrive le temps des moissons et particulièrement cette mi-août où le village de 107 âmes, voit sa population se démultiplier avec la présence de 25 000 festivaliers sur deux jours.
Des traces d'une villa gallo-romaine apparaissent dans les livres d'histoire sous le nom de 'casa petrea', signifiant 'vielles pierres', en référence aux galeries souterraines creusées sous l'église actuelle. La légende raconte qu'elles étaient habitées par des fées, d'où leur appellation de 'trou des fées'. La réalité semble privilégier une action humaine qui servait de caves, de stockage, voire, d'abri.
Le village, lové dans un méandre de la Semois, habité par les 'Soquets', gentilé gaumais des Chassepierrois, se compose principalement de maisons en pierre des XVIIIème et XIXème siècle, ce qui lui donne son authenticité et son charme unique.
Les 'Soquets' sont très attentifs à maintenir leur village 'bichonné' pour y accueillir les touristes et mettent un point d'honneur spécial pour, que le jour J, les premiers festivaliers s'émerveillent devant un défilé de cartes postales magnifiées. Les parterres de fleurs seront à leur apogée, les haies taillées au millimètre, les volets rafraîchis, les potagers des jardins regorgeront de florilèges de légumes. Les villageois sont prêts à sortir leur plus bel accueil et leurs plus beaux sourires pour recevoir, non seulement les festivaliers comme des invités, mais aussi les 500 comédiens et techniciens qui produiront 200 spectacles, les 150 exposants et les très nombreux bénévoles.
Pendant de longues années, le Festival s'est déroulé au cœur du village. Son développement, a été impressionnant, passant d'une quinzaine de compagnies à la fin des années 80, à une trentaine en 2000 et à une cinquantaine aujourd'hui. En 1991, de nouveaux espaces furent ouverts afin de désengorger le village. Les prairies sont devenues des lieux privilégiés pour permettre aux spectateurs d'assister plus confortablement aux différents spectacles et d'être accueillis dans des conditions optimales. En 2003, une passerelle provisoire en bois, suspendue au-dessus de la Semois, a permis de rendre le flux des spectateurs plus aisé. Véritable vitrine de la diversité des arts de la rue, le Festi...
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