Au Liban, la francophonie scolaire se laisse distancer par la langue de Shakespeare

LOrientLeJour - 15/12
Face à ce recul amorcé il y a plusieurs années déjà, le trilinguisme est brandi comme réponse. Pour les jeunes Libanais, il constitue un atout d’employabilité à ne pas négliger.« Nous...

« Nous avons transféré nos enfants de la section française à la section anglophone. » Pour avoir toujours regretté de ne pas s’exprimer dans un anglais plus fluide, Dima B. et son époux, issus de l’éducation francophone, ont fini par sauter le pas. Leurs enfants scolarisés à l’IC (International College) auront le bac international (IB) comme objectif. Résidant au Liban, la famille, où l’on parle plutôt l’arabe et l’anglais, projette de s’installer à l’étranger dans un avenir proche. Elle ne veut pas voir ses enfants souffrir d’un double dépaysement, celui de la langue et de l’expatriation. Ce qui la conforte dans sa décision, c’est que ses enfants seront trilingues, avec l’arabe comme langue maternelle. Dima est prête pour cela à essuyer la résistance de son aîné à ce changement radical. Un changement de langue, de méthode d’apprentissage, de camarades, qui fait dire à cet excellent élève : « Pourquoi m’avez-vous changé de système ? J’aurais tant voulu rester dans la section française. » Mais au fond d’elle-même, la mère de famille se demande « si (elle) a fait le bon choix ». « C’est fatigant, avoue-t-elle. L’anglais n’est pas la zone de confort de mon fils. J’espère qu’il se l’appropriera rapidement. »

La décision de cette famille libanaise de privilégier l’anglais comme première langue d’enseignement en milieu scolaire n’est plus une exception au pays du Cèdre. Elle illustre, au contraire, une tendance qui se précise depuis plusieurs décennies déjà, faisant de l’anglais la langue d’enseignement du plus grand nombre d’élèves désormais, sachant que les matières scientifiques sont enseignées en langue étrangère.

Selon les statistiques de l’année scolaire 2020-2021 du Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP) rattaché au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, le nombre d’effectifs dans l’enseignement anglophone a atteint 533 279 élèves, contre 520 677 dans l’enseignement francophone, sur un total de 1 053 956. Cela représente 50,6 % d’élèves dans le système anglophone, contre 49,4 % pour son alter ego francophone. Une réalité qui inverse la donne, dans un pays au système éducatif traditionnellement francophone. « Depuis trois ans déjà, les élèves anglophones sont plus nombreux que les élèves francophones, analyse le statisticien senior au CRDP, Raymond Bou Nader. L’inversion s’est concrétisée au début de l’année scolaire 2019-2020. » Elle est le résultat « d’une baisse progressive du nombre d’effectifs dans l’enseignement francophone au fil des années ».

Même constat à l’ambassade de France. Selon Henri de Rohan-Csermak, conseiller adjoint de coopération et d’action cultu...
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