En un an, la crise du Covid a bouleversé la société française. Cette dernière a pris conscience des fautes commises dans la préparation de notre appareil sanitaire aux risques de type Covid-19. En ce domaine, elle ne peut ni exempter le président de la République et le pouvoir macronien de leurs responsabilités ni, a fortiori, oublier le bilan des deux quinquennats précédents, dont celui de François Hollande.
Pendant cette année, davantage encore qu'auparavant, la société française s'est accoutumée aux solutions autoritaires, notamment en matière de libertés individuelles. Elle n'a pas encore pris la pleine mesure du naufrage économique ni des innombrables plaies qui vont peser désormais sur elle: le non-questionnement du confinement comme solution et la sous-estimation systémique de ses conséquences, par l'absence de coordination de propositions d'urgence concrètes entre forces de gauche.
Le soir du 6 mars 2020, le président de la République se rend au Théâtre Antoine, comme pour montrer que la vie continue. En quelques jours, à partir du jeudi 12 mars, une grande peur va saisir nombre de Français et aboutir, sans coup férir, à l'instauration d'un état d'exception. Le mot «guerre» revient plusieurs fois, de même que l'usage de l'expression «mobilisation générale».
En confondant à dessein «guerre» et épidémie, le président de la République ne commet pas une erreur de jugement intellectuel. Il sait que cela n'est pas vrai. Il précipite ses oppositions dans ce qui est, sinon un piège, du moins une nasse politique. Le champ lexical de la guerre s'apprête à peser puissamment sur le déroulement des événements, impliquant tacitement ou non une absence de questionnement et de contestation. Le recours au vocabulaire guerrier ouvre la voie à un césarisme sanitaire qui, unifiant les contraires sous la pression de l'impératif sanitaire, va avoir des conséquences pendant l'ensemble de la crise et au-delà.
Sonné, le monde politique –lorsqu'il est encore entendu– peine à être audible et écouté. Les premiers temps sont marqués par deux thématiques: «il aurait fallu annuler le premier tour des municipales» et «ils savaient mais n'ont rien dit» (après les déclarations d'Agnès Buzyn). Mais qu'ont décidé, in fine, les camarades de gauche face à cette crise? «Les camarades ont décidé de ne pas décider», aurait pu dire Léon Blum.
À l'évidence, pour l'essentiel, les oppositions se réclament des mêmes analyses et prescriptions que le président de la République. Là est probablement la faute originelle de la gauche dans la crise, celle que même les meilleures initiatives ultérieures des siens peineront à rattraper.
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