La mise en garde pourrait paraître fiévreuse, délirante. On la voudrait émanant de savants fous, restés trop longtemps en compagnie de leurs grimoires. Et pourtant, elle est on ne peut plus sérieuse. Selon une alerte de la prestigieuse revue Science signée par 38 personnalités de la recherche, l’espèce humaine risquerait dans les prochaines années de devoir faire face à un péril d’un nouveau genre. Une menace sans pareil dans l’Histoire, non pas de l’humanité, mais de la planète tout entière.
Les signataires - des figures de la biologie dont deux lauréats du prix Nobel - estiment que les scientifiques seront bientôt en mesure de fabriquer des "bactéries miroir", des sortes de jumeaux de laboratoire d’organismes naturels unicellulaires. Des copies synthétiques en somme, à ceci près qu’elles seraient construites en opposition, comme le sont deux images reflétées dans un miroir. Ainsi agencées, elles deviendraient beaucoup plus difficiles à détecter pour les systèmes immunitaires.
Une grande partie de l’écosystème pourrait alors se voir contaminé. En se propageant, le mal muterait, affûterait sa capacité d’action. De quoi, dans le pire des scénarios, remettre en cause la vie telle qu’on la connaît sur Terre. Pour l’instant, aucune de ces "bactéries Frankenstein" n’a été mise au point. Mais, selon les lanceurs d’alerte, ce ne serait plus qu’une question de décennies avant qu’une telle créature ne devienne réalité.
Publié en décembre 2024, l’appel de Science a jeté un sérieux froid dans la communauté biomédicale. Les "bactéries miroir" ont immédiatement été inscrites à l’agenda de la conférence d’Asilomar, rendez-vous annuel sur la sécurité scientifique, dont la dernière édition a eu lieu en mars. Loin de rassurer, les participants ont renforcé les craintes déjà exposées : à lire leur communiqué, les risques de tels travaux dépasseraient largement les bénéfices.
Un constat qui n’a pas été aussi rédhibitoire, bien au contraire. Il faut, pour le comprendre, remonter le fil des découvertes sur les molécules miroir. L’histoire na...
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