Les équations de la physique quantique sont déraisonnablement efficaces pour décrire les propriétés de la matière et du rayonnement. Mais le débat dure toujours quant à savoir à quelle image du monde et de la réalité elles correspondent. Ce n'est pas qu'un problème de physique théorique mais aussi de philosophie, comme les découvreurs de la mécanique quantique le savaient bien. Les éditions Flammarion publient aujourd'hui un livre pour le grand public où l'un des grands chercheurs de notre temps nous explique pourquoi c'est en marchant dans les pas de Heisenberg, et non de Schrödinger, que l'on peut plus facilement donner sens au vertigineux monde quantique. Il nous invite à le suivre dans son exploration.
En ce début d'année 2021, Futura avait consacré un article au livre de Brian Greene publié aux éditions Flammarion. Greene est un des théoriciens de la physique moderne ayant participé aux développements de la théorie des supercordes et dans son ouvrage il montrait que les questions et angoisses philosophiques et existentielles ne lui étaient nullement étrangères et que la science moderne pouvait contribuer à les éclairer.
Flammarion publie aujourd'hui un autre contre-exemple encore plus cinglant à ceux qui soutiendraient que la science ne pense pas et qu'elle n'est pas consciente de ses racines et implications philosophiques lorsqu'elle réfléchit notamment à la nature de l'espace, du temps, de la matière. Racines et implications qui ne sauraient d'ailleurs être l'objet de réflexion que de philosophes, n'ayant en plus pas besoin d'une formation de haut niveau en science pour cela.
Certes, dans un célèbre texte à l’occasion des 60 ans de Max Planck, Einstein reconnaissait lui-même qu'une minorité seulement de la communauté scientifique était vraiment la forme moderne des présocratiques, de Platon et d'Aristote. Mais il est incontestable que presque tous les grands créateurs de la physique théorique moderne avant 1930 se préoccupaient de philosophie, connaissaient bien plusieurs auteurs, de Platon à Schopenhauer, et que l'on ne saurait séparer leurs travaux scientifiques de leurs réflexions et connaissances dans ce domaine.
Gerald Holton, titulaire à la fois d'une chaire de physique et d'une chaire d'histoire de la physique à l'université Harvard, explique d'ailleurs dans son célèbre ouvrage L'imagination scientifique que Niels Bohr était influencé dans ses travaux sur la théorie quantique de l'atome par ses lectures de William James et Søren Kierkegaard (sur ce dernier point voir aussi p. 100 de l'ouvrage du physicien Franco Selleri, . Inversement, au même moment, plusieurs grands philosophes, il est vrai également de grands scientifiques, comme Bertrand Russell et Pierre Teilhard de Chardin, prenaient acte des révolutions relativiste et quantique et en tiraient des conclusions, ou des inspirations, sur la nature fondamentale de la réalité.
Dans son ouvrage L’analyse de la matière, Russell cherchera par exemple à penser les particules élémentaires, comme l'électron, avant tout - et peut-être seulement - comme un moyen commode d'organiser une série d’événements pouvant être connectés par une ligne causale dans l'espace-temps relativiste. Ce qui lui donnera une raison de plus, hors ses travaux sur la logique mathématique, de remettre en cause la catégorie de la substance héritée d'Aristote, et ses avatars au cours des millénaires suivant aussi bien chez Spinoza que chez Leibnitz.
Mais ne faisons pas durer le sus...
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