On a rencontré Galansire, l’humoriste qui venge les employés à bout de nerfs

Romane Ganneval - LePoint - 05/05
Sur Instagram, il mime à merveille la comédie du bureau moderne : consultant en crise, boomer dépassé, alternant à bout. On rit, puis on s’interroge : que révèlent ces scènes sur le travail d’aujourd’hui ?

Tourner en dérision le monde du travail ? A priori, rien de plus simple. Pour beaucoup, c'est devenu un réflexe discret : lever les yeux au ciel pendant une réunion qui s'éternise, sourire devant un tableau d'indicateurs que plus personne ne prend la peine de lire, ironiser sur ces injonctions paradoxales — être autonome tout en respectant la procédure, innover sans jamais sortir du cadre. Le bureau moderne a des allures de théâtre muet, où chacun, à sa manière, feint encore d'y croire.

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Un créateur de contenu s'est pourtant distingué dans cet exercice : Galansire — une anagramme de son nom de famille —, actif depuis un an et suivi par près de 370 000 personnes. Il doit son succès à de courtes pastilles acérées, où des filtres déforment ses traits pour faire surgir une galerie de personnages familiers des open spaces : Gaspard, le consultant enthousiaste dans un grand groupe ; Charles-Antoine, l'alumni HEC à la condescendance tranquille ; le boomer soucieux de l'avenir des jeunes ; Clément, l'alternant multitâche au bout du rouleau ; ou encore le patron convaincu que « le client est roi » — et que cela justifie tout.

Sous les filtres, des visages bien connus du bureau

Mais alors, qui se cache derrière Galansire ? Le rendez-vous est donné un matin d'avril, à la gare de Bordeaux. Sur le parvis, on guette sans trop savoir ce qu'on attend. On scrute les silhouettes, à la recherche d'un signe, d'un indice. On en viendrait presque à regretter l'absence d'une doudoune sans manches — ce basique discret des étés à l'Île de Ré, que Galansire aime tant pasticher. Deux détails finissent par accrocher le regard : un sourire éclatant, et cette chevelure noire, dense, inoubliable. Ce matin-là, le comédien de 36 ans porte un trench bleu marine, des baskets de ville, et dans la poche, deux masques vénitiens qu'il garde pour ses apparitions publiques. Pour l'instant, il préfère laisser la lumière aux personnages — comme le faisaient, glisse-t-il, les premiers acteurs de la Rome antique.

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