Nussbaum, la base secrète nazie qui se trouvait dans l'Arctique

National Geographic - 22/04
Les derniers soldats d’Hitler à se rendre se trouvaient dans le désert désolé de l’Arctique, lieu stratégique méconnu de la Seconde guerre mondiale.

L’archipel arctique du Svalbard est l’un des lieux les plus reculés sur Terre. Situé à plus de 800 kilomètres du nord de l’Europe et presque aussi loin du pôle Nord, ses terres sont restées inhabitées jusqu’à la fin du 19e siècle. Cela, si l’on oublie les quelques essais manqués des chasseurs de baleines pour attendre la fin de l’hiver, qui se sont presque tous soldés dramatiquement. Le nom d’origine de cet archipel était Spitsbergen ce qui, traduit du néerlandais, signifie « montagnes pointues ». Et, depuis le pont d’un bateau en pleine mer, c’est d’ailleurs tout ce que l’on voit : des montagnes déchirées aux sommets couronnés de neige que séparent des glaciers tentant de se frayer un chemin jusqu’à la mer.

Ce n’est qu’une fois à terre que l’on découvre la diversité de l’archipel. Des nuées d’oiseaux de mer peuplent l’île, comme des fulmars, des grands labbes et des alcidés, puis en été elle se pare de vives éclaboussures de couleurs, d'orange et de violet, traces du lichen qui y pousse. Des mines furent établies sur l’île au début du 20e siècle mais de nos jours, le tourisme fait tourner l’île, dont l’isolement et la pureté sans nom attire des voyageurs des quatre coins du monde.

Je m’y suis rendu en 2024, durant l’été, dans le cadre d’une retraite d’artistes, The Arctic Circle, qui réunit des écrivains et des artistes du monde entier au Svalbard chaque année. Dominés par les montagnes enneigées, un petit groupe d’entre nous est parti en randonnée pour gravir une crête basse. Par-delà, du côté ouest de l’île principale, la seule partie occupée de l’archipel, s’étendait une plaine parsemée d’épaves rouillées. Un enchevêtrement de fil barbelé, à moitié enseveli dans la vase. Un pichet en métal, défoncé et déformé. Des morceaux de métal, chacun ne dépassant pas plus de 30 centimètres, tous frappés d’une rouille orange vieille de plusieurs décennies. Çà et là, un éclat de poterie. Ces détritus recouvraient une zone circulaire d’environ 30 mètres de diamètre, je me frayais un chemin en prenant garde de ne rien toucher, de ne rien déranger.

Ç’aurait pu être n’importe quoi. Les débris d’un crash d’avion ou les restes d’une cabane de chasseur. Sans les guides pour identifier ces reliques, il aurait été difficile de comprendre qu’elles étaient les vestiges d’un conflit prolongé. J'ai ensuite traversé les restes d’une station météorologique nazie construite en 1942, qui portait le nom de code Nussbaum. L’un des derniers restes d’une guerre étrange et oubliée, dont le champ de bataille s’étendait bien au-dessus du monde civilisé.

Silencieuses et inertes, ces ruines content l’histoire d’un territoire utilisé pendant la guerre. Et peut-être que dans un futur pas si lointain, il pourrait l’être à nouveau.

 

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