Les prières du vendredi sont terminées et les rues de Rawalpindi sont chaudes, bruyantes et bondées. Les cyclomoteurs rugissent en se frayant un chemin parmi la foule. Dans la masse, des détails attirent le regard. Des barbes teintes au henné et des hijabs colorés. Un affûteur de couteau noyant les pavés sous les étincelles. Et quatre passagers accompagnés d’une chèvre tassés dans un pousse-pousse. Dans une allée, des garçons jouent au cricket sous un enchevêtrement de lignes électriques. L’air est lourd. Les freins grincent, la sueur perle sur les visages.
« La saison des mangues commence », dit la guide touristique locale Aneeqa Ali en jouant des coudes à travers la foule. Elle pointe du doigt un étal au bord de la route, au milieu de la marée humaine, sur lequel les fruits jaunes s’entassent. Au-dessus de nous, le Soleil tape sur les hauts bâtiments couleur sable. « J’adore cette période de l’année. Le mois de juin, c’est la saison idéale pour randonner », confie-t-elle dans un sourire. « Ici, il fait chaud, mais il fait frais dans le Karakoram. Vous verrez quand vous serez dans les montagnes. »
Aneeqa a lâché ses cheveux et porte un shalwar kameez à motif cachemire (une tunique et un pantalon large). Elle travaillait auparavant dans le monde de la finance, mais après avoir découvert l'incroyable potentiel de son pays en tant que destination d’aventures, elle a décidé de se reconvertir dans le tourisme. « Internet est un véritable trou noir quand on cherche des informations pour voyager au Pakistan », explique-t-elle. Elle doit élever la voix alors que nous nous faufilons entre des charrettes pleines à craquer de gingembre et d’amandes. « Même trouver des restaurants ou des billets de train n’est pas facile. Mais il ne faut pas que les gens se découragent pour autant. »
C’est un bon conseil. Je suis au Pakistan dans le cadre d’un nouveau voyage guidé organisé par l’agence de voyage Intrepid Travel et, depuis que les roues de mon avion ont touché le tarmac, tous les doutes que j’avais se sont évaporés. Un sentiment d’insécurité ? Pas vraiment, sauf si on compte les locaux qui me saluent tandis que j'essaye d'esquiver les cyclomoteurs. Des attentions non-désirées ? Juste de timides demandes de selfies de la part de jeunes, curieux de rencontrer un touriste étranger. Une paperasserie interminable ? Les autorités ont récemment supprimé les frais de visas pour les touristes en provenance de 126 pays, dont mon Royaume-Uni natal, ce n’était donc pas un problème.
Le musée Lok Virsa à Islamabad met la culture pakistanaise à l’honneur, on peut aussi y observer des performances musicales.
Le Pakistan est un pays jeune à l’histoire ancienne. Fondé après la partition des Indes selon les frontières religieuses en 1947, ses terres ont abrité des civilisations anciennes et son passé est jalonné par les différents colons. Durant ce voyage, nous découvrons certains de ses nombreux visages. Au nord, la ville animée de Rawalpindi, à l’architecture pré-partition et abritant les ruines d’un ancien temple hindou, n’est qu’à une heure de route d’Islamabad, où se situe notre quartier général. C'est dans la capitale, bâtie à partir de rien dans les années 1960, que nous passons les deux premières nuits.
Mais ce voyage se passera principalement dans la région du Baltistan, à l’extrême nord du pays, berceau de la deuxième plus haute chaîne de montagnes du monde : le royal Karakoram, c...
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