L’étrange retour de Nosferatu

Sylvain Raymond - Le Devoir - 12/04
Le cinéma est la discipline artistique par excellence pour dévoiler au grand jour ce qui était originellement loin des regards.

Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Certaines figures culturelles refusent de mourir à travers le temps. Ironiquement, et littéralement, ce sont souvent les monstres qui trouvent le moyen de se réactualiser : Frankenstein, Godzilla, King Kong.

L’exemple de ce dernier est particulièrement révélateur. En 1933, le singe géant représente une menace pour Manhattan ; en 2005, c’est une victime attachante qui repousse malgré elle les avions des gratte-ciel new-yorkais post-11 Septembre ; en 2024, King Kong est tout simplement le sauveur de l’humanité.

Or, au cours des dernières années, c’est certainement le vampire qui a su le mieux s’adapter à son époque. Au début du XIXe siècle, c’était une figure démoniaque ; à la fin du XIXe siècle, un mythe séducteur qui souhaite repousser les limites de la sexualité féminine ; au XXe siècle, une métaphore de la contamination par le sang et de l’anxiété liée à l’épidémie de sida.

Aujourd’hui, qu’en est-il donc de cet étrange retour à l’écran dans le plus récent film de Robert Eggers, non seulement du vampire, mais bel et bien de Nosferatu, tout d’abord porté à l’écran en 1922 par F.W. Murnau dans son Allemagne natale ?

Afin de mieux le comprendre, nous sollicitons l’apport de Siegfried Kracauer, penseur critique de l’École de Francfort et historien du cinéma, mais surtout celui de la théoricienne fémi...
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