Mouratoglou : "La mentalité française n'est pas une mentalité de gagnant"

Eurosport - 11/04
Ancien coach de Serena Williams désormais aux côtés de Naomi Osaka, Patrick Mouratoglou donne son avis sur le circuit actuel et la mentalité française.
Propos recueillis par Frédéric VERDIER
Patrick, quand on parle de vous sur le circuit, il est rare qu'on dise que vous avez un esprit étriqué. Nous sommes dans les arènes de Nîmes pour l'UTS et le décorum en est encore la preuve. Vous ne laissez personne indifférent…
Patrick Mouratoglou : Disons que je ne suis pas conservateur. Je n'ai rien contre la tradition, au contraire. D'ailleurs, je trouve magnifique que les quatre Grands Chelems soient aussi différents, qu'il y ait beaucoup d'histoire, etc. Mais être conservateur pour l'être, je trouve ça dommage. Et, surtout, je suis conscient que le monde est en évolution. Et plutôt que de m'opposer à une évolution à laquelle personne ne peut s'opposer, j'essaie de m'adapter et j'essaie de faire en sorte que les choses que j'aime s'y adaptent aussi. Le tennis faisant clairement partie des choses que j'aime, j'ai réfléchi à comment proposer une évolution qui permette au tennis de rester un sport aussi important. Les statistiques, si on s'y penche et qu'on les regarde avec sérieux, ne sont pas très encourageantes pour l'avenir. Pour le présent et les dix prochaines années, elles sont excellentes. Mais quand on regarde un peu plus loin, il y a lieu de s'inquiéter. Et je pense que plutôt que d'attendre les dernières minutes pour se réveiller, c'est toujours plus intéressant d'anticiper.
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Justement, le circuit actuel est à la croisée des chemins avec des mastodontes qui sont en train de quitter la scène. Comment jugez-vous l'évolution du circuit masculin ?
P.M : Sur l'aspect purement du jeu, je trouve qu'il y a beaucoup de gens qui sont très négatifs. Ils l'ont d'ailleurs été avant même que les trois géants ne prennent leur retraite. Deux l'ont fait, Novak se bat encore. Mais on était très négatifs en disant : 'après eux, ça va être horrible, etc. On ne trouvera jamais des joueurs comme on en a connu.' Peut-être pas, mais on connaîtra d'autres joueurs avec d'autres personnalités, avec d'autres jeux. Récemment, j'entendais encore que maintenant, les joueurs frappaient toutes les balles, dans tous les sens… C'est complètement faux. Alcaraz est un joueur qui a dans sa palette autant que Federer, sans aucun doute. Oui, Sinner a un jeu un petit peu stéréotypé. Mais ce qu'il fait, il le fait tellement bien que c'est le meilleur joueur du monde aujourd'hui. Je trouve qu'il y a beaucoup de diversité et c’est très excitant. Les joueurs jouent de mieux en mieux, frappent de plus en plus fort, ratent de moins en moins, sont de plus en plus affûtés… C'est normal, c'est l'évolution d'un sport, de tous les sports, d'ailleurs, vers la professionnalisation.
Il y a une vraie différence ?
P.M : Le tennis est professionnel depuis longtemps mais il l'est de plus en plus. Il y a de plus en plus d'argent, de plus en plus de compétences autour des joueurs. Ils voyagent tous avec leur kiné, leur préparateur physique. Il y a 30 ans, il n'y en avait aucun qui faisait ça. Donc, ils sont beaucoup mieux préparés, ils sont capables de jouer plus longtemps, de frapper plus fort, de mieux bouger. Un exemple concret : avant, les grands n'arrivaient pas à bou...
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