À celles et ceux qui, sur les campus woke de l’Amérique et parfois ici, prétendent que l'étude du latin et du grec formerait de futurs « suprémacistes blancs », on ne répondra que par un nom : Maurizio Bettini. À celles et ceux qui, en Europe et parfois ici, sur un autre bord de l’échiquier politique, n'ont à la bouche que le mot « racines » quand ils évoquent l'étude du latin et du grec, on ne répondra aussi que par un nom, et le même : Maurizio Bettini. En ajoutant qu’il est peut-être temps, plutôt que de « racines », de lever les yeux vers l’avenir et de parler des feuilles, et puis des fruits. C’est ce qu’a fait brillamment le grand intellectuel italien, auteur de Contre les racines (Champs Flammarion, 2017), lors de son intervention du 16 novembre dernier à la toute première Journée européenne des langues et cultures de l’Antiquité organisée par Jean-Michel Blanquer et placée sous le signe de l’ouverture aux deux rives de la Méditerranée. Nous en reproduisons ici le texte.
Sa lecture vous prendra dix minutes, mais en ces temps où il est beaucoup question de « droits du sol », vous ne perdrez pas votre temps tant sa mise en parallèle du mythe de la fondation de Rome selon le rite de l’asylum et le mythe fondateur grec de l’autochtonie est stimulante… Si « les Anciens étaient en effet comme nous sous de nombreux aspects, car nous avons hérité une grande part de leurs façons de vivre et de penser », y rappelle Maurizio Bettini, « ils étaient aussi autres que nous par rapport à une quantité tout aussi grande de coutumes et de modes de vie ». Et c’est précisément pourquoi il faut faire étudier aux élèves le grec et le latin, conclut-il, afin de faire de cette étude, portée par l’esprit critique, « un véritable “gymnase” de confrontation avec l’autre ». Et afin aussi, pourquoi pas, de « nous aider à définir quel modèle adopter et lequel rejeter dans notre conception de l’Europe future » ?
MAURIZIO BETTINI
Le futur de l’Europe face à l’« excentricité » de Rome
Le thème d’aujourd’hui est immense, donc je me limiterai à deux points saillants qui concernent la fonction de l’enseignement de la culture classique dans l’Europe d’aujourd’hui et ...
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