Comment Catherine II de Russie est devenue la "Grande Catherine"

National Geographic - 12/02
Lorsque cette arriviste étrangère s’empara du trône de Russie, rien ne résista à ses réformes éclairées, à l’expansion de son empire, ni à sa quête d’amour et de transmission.

En 1729, dans la lugubre ville de garnison allemande de Stettin (actuelle Szczecin, en Pologne), une enfant vint au monde dans une famille de la noblesse prussienne en déclin. Ses jeunes années manquèrent d’amour parental mais furent marquées par une éducation, et des aspirations sociales, riches. Conviée en Russie à l’âge de quatorze ans, elle dut changer de nom, de religion et de langue pour épouser le futur tsar. Un prêté pour un rendu : c’est la Russie qui finit par être transformée par sa nouvelle tsarine.

Sophie Frédérique Augusta est élevée aux marges du pouvoir dans le royaume de Prusse. Sa mère, Jeanne, est passée maîtresse dans l’art de tirer profit de ses relations sociales et familiales, tandis que son père, le prince Christian-Auguste d’Anhalt-Zerbst, possède un nom plus impressionnant que sa personnalité discrète et austère. Leur mariage, des moins évidents, est un mariage malheureux, et la naissance d’une fille ne présage d’aucune amélioration en ce qui concerne les fortunes de la famille. Des années plus tard, dans ce qui deviendra une somme de 700 pages de correspondances et mémoires pleins de vie, francs et soucieux de se réhabiliter, l’impératrice russe écrira ceci au sujet de son arrivée dans le monde : « Je ne fus pas très joyeusement accueillie. »

Sophie, future Catherine la Grande, investit les murs du château ducal de Szczecin, en Pologne, lorsque son père, le prince Christian-Auguste d’Anhalt-Zerbst, devint gouverneur.

PHOTOGRAPHIE DE DEA, w. Buss, Getty Images

L’excellente éducation qu’on lui donne n’a qu’un but : épouser un bon parti. Lors de ses leçons, elle apprend la philosophie, le français, qui est alors la lingua franca de l’élite européenne, et à faire convenablement des révérences. Elle donne du fil à retordre à ses précepteurs, en particulier lorsque la religion semble primer sur la logique. Lorsque son tuteur luthérien menace de lui donner des coups de bâton, cela ne fait que la confirmer dans son idée que le cerveau est plus persuasif que la force. « Je suis convaincue au plus profond de mon âme que Herr Wagner était un imbécile, écrira-t-elle. Toute ma vie j’ai eu cette propension à ne céder qu’à la gentillesse et à la raison, et de résister à toute forme de pression. »

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    Pierre le Grand, représenté ici sur un portrait peint en 1700, dirigea la Russie de 1682 à sa mort en 1725.

    PHOTOGRAPHIE DE Stock Montage, Getty

    Bien qu’angoissée par ce « démon de l’orgueil » présent chez sa fille, Jeanne emmène Sophie avec elle en voyage lors de ses visites dans les cours du nord de l’Allemagne. Ces visites s’inscrivent dès le début dans une campagne dont l’objectif est d’arranger un mariage pour sa fille qui, quoique quelconque en apparence, ne manque pas de charme, tant s’en faut. En 1739, lors de l’une de ces visites, Sophie, qui a alors dix ans, rencontre son cousin issu de germain, Karl Peter Ulrich, orphelin depuis peu et seul petit-fils encore en vie du tsar Pierre Ier, mieux connu sous le nom de Pierre le Grand.

    Attentive aux murmures des ragots de cour, Sophie surprend une conversation : l’enfant-duc est de tempérament impulsif et, bien qu’il n’ait que onze ans, est « porté sur la bouteille ». Le jeune Pierre est maltraité physiquement par son tuteur principal et souvent affamé en guise de punition. Il trouve refuge auprès de ses petits soldats et de son violon, dont il joue mal. Personne ne semble prendre son éducation au sérieux. Son « professeur le plus consciencieux », se souviendra-t-elle au sujet de la jeunesse troublée de son futur mari, « était le maître de ballet Landé, qui lui apprit à danser ».

    Quelques années plus tard, c’est ce garçon mal adapté et maltraité que l’impératri...
    [Courte citation de 8% de l'article original]

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