La question de la pluralité des mondes taraude les scientifiques depuis l’Antiquité. Deux éminents spécialistes confrontent leur point de vue : pour l’un, la Terre pourrait être un cas exceptionnel, notamment concernant l’apparition de la vie. Le second voit dans la formation de planètes rocheuses un phénomène répandu et défend l’idée d’un univers infini, peuplé de nombreux mondes. Un débat aujourd'hui nourri par les recherches sur les exoplanètes.

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    C'est une question presque philosophique à laquelle la science tente de répondre en observant les planètes de notre Système solaire et celles, bien plus lointaines, qui orbitent autour des autres étoiles et que l'on découvre en grand nombre depuis trois décennies.

    Pour comprendre ce que les scientifiques pensent aujourd'hui, nous avons demandé à deux spécialistes de nous répondre : Jean-Pierre Bibring*, spécialiste de l'exploration du Système solaire, et Michel Mayor, un des pionniers de l'étude des exoplanètes, qui a reçu le prix Nobel de physique en 2019 pour l'observation de 51 Pegasi b avec son doctorant de l'époque, Didier Queloz.

    Cet article est publié dans le cadre du Paris-Saclay Summit 2025, qui s'est tenu du 12 au 13 février 2025 à l'EDF Lab Paris-Saclay.

    La réponse de Jean-Pierre Bibring, astrophysicien à l’Institut d’astrophysique spatiale de l’Université Paris-Saclay

    Tant qu'aucune observation ne pouvait en orienter la réponse, cette question relevait d'une vision d'essence dogmatique, sans validation possible. Nombre de théologies ont fait de la Terre un objet unique, pour résulter d'une création singulière. Plusieurs penseurs ont tout au contraire proposé une « pluralité des mondes ». Épicure, dans sa lettre à HérodoteHérodote datée de 301 avant notre ère, proposait que « ce n'est pas seulement le nombre des atomes, c'est celui des mondes qui est infini dans l'univers. Il y a un nombre infini de mondes semblables au nôtre, et un nombre infini de mondes différents ». Giordano Bruno en fit de même, en 1583, sur la ...
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