C’était il y a quarante ans, mais pour elle, c’était hier. La levée d’amnésie a dressé comme un pont entre ces quatre décennies. Longtemps enfouis, les souvenirs sont revenus, la honte s’est effacée. Et contre cette « culture du silence », maintenant, elle veut parler.
En ce mois d’avril 1982, Yannick Trégaro a 17 ans. Elle passe ses journées dans un kayak, des rêves de Jeux olympiques plein la tête. Elle qui est pratiquement née sur un bateau - ses deux parents sont fondateurs d’un club en Bretagne - est la n° 1 Bretonne, plusieurs fois championne de France. Elle a toujours un rire au bout des lèvres, illuminant sa « bouille d’enfant ».
Pendant ces vacances de Pâques, elle assiste à un stage en équipe de France à Mâcon (Saône-et-Loire). Un soir, dans le centre où ils dorment tous, trois garçons l’« attrapent » dans un couloir. À l’époque, les « bizutages » sont légion. Bizutage, c’est un mot qu’elle utilisera longtemps pour décrire cette scène. Une dizaine d’hommes. L’indicible. « Après quelques minutes, je suis sortie de mon corps. » Une amnésie post traumatique efface une partie de cette nuit-là. Une camarade à qui elle se confie minimise :...
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