Etel, l’oiseau rare

LOrientLeJour - 18/11
Elle est née à la croisée des pays, des langues, des milieux. Là où la perspective, au même titre que la lumière, ne cesse de bouger, de changer. Là où tout va avec tout comme dans la...

Elle est née à la croisée des pays, des langues, des milieux. Là où la perspective, au même titre que la lumière, ne cesse de bouger, de changer. Là où tout va avec tout comme dans la nature : le Coran de son père, les icônes de sa mère, le silence des maisons de Damas, l’effervescence de Beyrouth, le récit des grands malheurs, les Arméniens, les Grecs, les Ottomans, les potins, les confidences, les privations, les cachotteries. L’avenir donnait sur le précipice d’un côté, sur le ciel de l’autre. Elle a choisi le ciel. « Pour moi une maison, c’est les fenêtres, me disait-elle récemment. Les murs, c’est une excuse pour qu’il y ait des fenêtres. Donc je regarde toujours dehors. »

Enfant unique d’un officier syrien turc de l’Empire ottoman, défait par l’histoire, et d’une Grecque de Smyrne, rescapée in extremis de la misère, Etel a eu d’instinct un coup de génie : elle a créé le large à partir d’une impasse. Avant d’être douée pour l’écriture, la pensée, la peinture, elle l’a été pour vivre. « J’avais une vie avec ma mère, une vie avec mon père, rarement les deux », me disait-elle. De sa mère elle a appris à voir la lune dans une casserole qui brille, de son père elle a appris qu’il y a autre chose que...
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