Au-delà de l'humain : le futur de l'évolution génétique

National Geographic - 04/02
Comme toute espèce, nous sommes le produit de millions d'années d'évolution. Mais les choses s'accélèrent sérieusement. L'homme nouveau est en marche.

Au-delà de l'humain : dans un futur proche, la science-fiction deviendra réalité. 

ILLUSTRATION DE Owen Freeman

Lorsque je rencontre Le cyborg Neil Harbisson, à Barcelone, il a l’air de n'importe quel hipster local. À ce détail près : une antenne noire sort de l’arrière de son crâne et s’arrondit au-dessus de sa tignasse blonde.

Nous sommes en décembre. Neil Harbisson, 34 ans, porte une chemise sous un caban noir et un étroit pantalon gris. Né à Belfast, il a grandi en Espagne. Il souffre d’une pathologie rare, l’achromatopsie : il ne perçoit pas les couleurs. L’antenne, terminée par un capteur à fibre optique suspendu juste au-dessus de ses yeux, a tout changé.

Neil Harbisson n’a jamais eu l’impression que vivre dans un monde en noir et blanc était un handicap. « Je vois plus loin, m’explique-t-il. Je mémorise aussi les formes plus facilement parce que je ne suis pas distrait par la couleur. » Mais il était tout de même très curieux de voir à quoi les choses ressemblaient en couleurs. Vers la fin de l’adolescence, sa formation de musicien lui a donné l’idée d’essayer de découvrir les couleurs à travers le son. Il avait une petite vingtaine d’années lorsqu’il a déniché un chirurgien (demeuré anonyme) prêt à lui implanter une amélioration cybernétique de son être biologique.

Le capteur à fibre optique détecte les couleurs qui se trouvent en face de lui. Une puce électronique implantée dans son crâne transforme ensuite leurs fréquences en vibrations à l’arrière de sa tête. Celles-ci deviennent des fréquences sonores, transformant son crâne en une sorte de troisième oreille. Il « voit » ainsi que mon blazer est bleu. Puis, il dirige son antenne vers son amie Moon Ribas, une artiste et danseuse cyborg, et dit que sa veste est jaune.

Quand je demande à Harbisson comment le médecin a raccordé le dispositif, il écarte ses cheveux à l’arrière de son crâne pour me montrer le point d’entrée de l’antenne. La chair rosâtre est compressée par une plaque munie de deux boulons. Un implant connecté contient la puce électronique, et un autre est une plateforme de communication Bluetooth, pour que ses amis puissent lui envoyer des couleurs sur son smartphone.

L’antenne a été une révélation pour Neil Harbisson. Au fil du temps, dit-il, il a commencé à percevoir cet apport, non comme la vue ou l’ouïe, mais comme un sixième sens. Mais, ce qu’il y a de plus fascinant, dans cette antenne, c’est qu’elle lui apporte une aptitude dont le commun des mortels est privé. Il regarde les lampes sur le toit-terrasse et sent que les lumières infrarouges qui les activent sont éteintes. Il jette un coup d’œil aux pots de fleurs et « voit » les marqueurs ultraviolets qui montrent où se trouve le nectar, au centre des fleurs. Neil Harbisson n’a pas seulement égalé les capacités humaines ordinaires, il les a dépassées.

Il représente la première étape vers un objectif cher aux futurologues, un exemple anticipé de ce que le chercheur et essayiste Ray Kurzweil, responsable de l’ingénierie chez Google, appelle « le vaste accroissement du potentiel humain ». Harbisson n’a pas expressément voulu concrétiser cette vision : il rêve d’un avenir de verdure plutôt que de silicium. Mais, depuis qu’il est le premier cyborg officiel du monde (il a persuadé les autorités britanniques de le laisser porter son antenne sur sa photo de passeport, soutenant que ce n’était pas un dispositif électronique, mais une extension de son cerveau), il est également devenu un prosélyte. Moon Ribas n’a pas tardé à le suivre dans ce que l’on nomme parfois le transhumanisme : elle a fait relier un moniteur sismique inclus dans son téléphone mobile à un aimant dissimulé dans le haut de son bras. Elle est alertée en temps réel des tremblements de terre, ce qui lui permet de se sentir reliée aux mouvements de la Terre et de les interpréter par la danse.

À l’évidence, l’antenne de Neil Harbisson n’est qu’un début. Sommes-nous sur le point de redéfinir notre évolution ? Jusqu’à présent, celle-ci a été le fruit du lent travail de sélection naturelle propageant les gènes avantageux. Tient-elle désormais aussi à tout ce que nous pouvons faire pour améliorer nos facultés et celles des objets que nous fabriquons ? Bref, l’évolution devient-elle une conjonction des gènes, de la culture et de la technologie ? Et, si c’est le cas, où cela va-t-il nous mener ?

L’évolution classique se porte bien chez notre espèce. 20 000 gènes codent les protéines de nos cellules. Il y a peu, nous ne connaissions la composition que d’une poignée d’entre eux, mais, aujourd’hui, d’environ 12 000. Or les gènes ne représentent qu’une toute petite part de l’ADN de notre génome. D’autres découvertes vont arriver, et vite. Dans cette manne d’information, les chercheurs ont déjà identifié des dizaines de cas d’évolution assez récente. L’homme anatomiquement moderne a migré d’Afrique il y a entre 80 000 et 50 000 ans. Notre patrimoine génétique originel était adapté aux climats chauds où nous avons évolué. Mais beaucoup de choses se sont passées depuis, à mesure que l’homme s’est répandu dans le monde entier et que les besoins face à de nouveaux défis ont modifié notre patrimoine génétique.

Il y a 12 500 ans, l'adaptation à la vie en altitude. Notr...
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