Plus les scientifiques enquêtent sur les microbes de notre corps, et mieux ils comprennent le surprenant impact de ces organismes minuscules sur notre apparence, nos actes, pensées et sensations. Les bactéries, virus, champignons et protozoaires qui vivent dans nos intestins et nos poumons, sur notre peau et nos globes oculaires déterminent-ils véritablement notre santé et notre bien-être ? Voici une étrange idée : se dire que les bestioles que nous transportons avec nous seraient essentielles à la définition de ce que nous sommes !
Cette ménagerie de micro-organismes s’appelle le microbiote. Son influence peut être profonde. Et elle peut se faire ressentir incroyablement tôt. Dans une étude, des scientifiques de l’université de Turku (Finlande) ont montré qu’une disposition que l’on croyait aussi innée que le tempérament d’un enfant pouvait être liée au fait que les bactéries du gros intestin d’un nourrisson proviennent principalement d’un seul genre. Plus on y trouve de Bifidobacterium, et plus le bébé se montre joyeux.
La science du microbiote est encore relativement jeune. Les recherches ont démarré pour de bon voilà à peine quinze ans. Autrement dit, à ce jour, la plupart des études ont été des travaux préliminaires et de faible ampleur, ne portant que sur une dizaine de souris ou d’humains. Les scientifiques ont déjà découvert des liens entre le microbiote et certaines maladies. Mais ils ne peuvent pas encore tirer de conclusions nettes sur les liens de cause à effet entre la présence dans notre organisme de vastes quantités de microbes et ce que cela implique pour nous en tant qu’hôtes.
Or ces quantités sont ahurissantes. On estime à l’heure actuelle qu’un jeune homme adulte abrite en moyenne environ 38 billions de microbes (soit légèrement plus que le nombre de cellules humaines proprement dites). Et les perspectives pour en tirer profit sont alléchantes.
Dans un avenir pas si lointain, selon les chercheurs les plus optimistes, administrer une dose de microbes sains pourrait devenir courant –sous la forme soit de prébiotiques (des composés jouant le rôle de substrat pour le développement de microbes bénéfiques), soit de probiotiques (les microbes bénéfiques eux-mêmes), soit de transplantations fécales (des fèces riches en microbes issues de donneurs en bonne santé). De quoi nous aider à réaliser le rêve de vivre en pleine forme par des moyens purement internes.
Quand nous évoquons le microbiote, nous parlons avant tout de celui –appelé communément «flore intestinale»– de l’appareil digestif. Lequel abrite plus de 90 % des micro-organismes du corps. Mais d’autres zones grouillent de vie. Les microbes sont partout là où l’intérieur du corps rencontre l’extérieur : yeux, oreilles, nez, bouche, vagin, anus, voies urinaires. Chaque centimètre carré de notre peau abrite aussi des microbes, avec de fortes concentrations sous les aisselles, dans la zone pubienne, entre les orteils et dans le nombril.
Encore plus étonnant, chacun de nous possède un mélange de microbes qui lui est propre. Selon Rob Knight, du Centre d’innovation sur le microbiote de l’université de Calif...
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