Isabelle Cotier
Les poèmes ne sont pas des photos, mais parfois ils essaient de nous faire voir et de nous faire ressentir d'une manière que nous pourrions nous associer à des actes de voir. Certains poèmes évoquent le drame des peintures célèbres ou la beauté gelée des urnes grectes. Celui-ci réside sur une image plus privée, un instantané familial et sur les émotions et les souvenirs insaisissables qui vivent à l'intérieur.
Que regardons-nous? Une photographie d'une petite fille embrassant son père. Mais aussi: une tentative, dans les pensées et les mots, pour montrer à quoi ressemble la photo et dire ce que cela signifie.
Cela demande de la concentration, indiquée ici par la répétition, le travail de certains mots et de certaines phrases.
La première strophe plonge dans l'image, la interprétant à la fois comme un objet visuel et comme le souvenir d'une expérience physique.
Pour le père, qui est aussi poète, regarder et ressentir sont aussi intriqués que le parent et l’enfant. Il se voit tenu par sa fille et remarque comment la disposition de leurs membres et de leurs visages dans le cadre révèle les nuances de leur lien.
Il nous montre les bras de sa fille sous la forme de ces tirets qui sortent du mot « enfant ».
Ensuite, il les plie, sous forme de mots, autour d'un saut de ligne, un peu comme s'ils étaient enroulés autour de sa tête.
Le poème se concentre sur des détails tactiles et concrets : le ...
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