Les plus grands télescopes du monde sont menacés par un projet industriel qui pourrait les aveugler

Julien Milli - Korii Slate - 24/01
Au Chili, dans le désert d'Atacama, un projet de production d'hydrogène menace de compromettre la qualité du ciel pour les observatoires astronomiques…

Plantons le décor. Nous sommes au nord du Chili, sur le mont Paranal, à 2.600 mètres d'altitude, dans le désert chaud le plus sec du monde (Atacama). L'océan Pacifique est à une dizaine de kilomètres à l'ouest et la première grande ville, Antofagasta, à 120 kilomètres vers le nord. En tant qu'astronomes professionnels, nous avons eu la chance d'arpenter ce site lors de nuits d'observation, voire d'y travailler plusieurs années. En absence de Lune et après quelques minutes d'adaptation à l'obscurité, la Voie lactée, le centre galactique et des milliers d'étoiles deviennent visibles au-dessus de nos têtes, alors que le paysage nocturne du désert d'Atacama semble éclairé par la seule voûte étoilée.

Cet émerveillement que ressent tout visiteur au Very Large Telescope (VLT) se traduit par une qualité de mesures inégalée au monde. Le site a été choisi dans les années 1980 par les astronomes de l'Observatoire européen austral (European Southern Observatory, ou ESO) après une longue campagne de tests. Le mont Paranal et son voisin le mont Armazones, où l'on construit actuellement l'Extremely Large Telescope (ELT), combinent plusieurs atouts inégalés, les deux premiers étant la faible turbulence de l'atmosphère, qui améliore la résolution angulaire (la capacité à distinguer deux points très proches dans le ciel) et la faible hygrométrie, propice aux observations dans l'infrarouge.

En 2004, la première image d'une exoplanète a été obtenue au VLT, le prix Nobel de physique 2011 sur l'accélération de l'expansion de l'univers a été attribué pour des observations faites en partie au VLT et le prix Nobel de physique 2020 a été attribué pour des...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...