Un safari sur la piste des pangolins, mammifères très discrets

National Geographic - 20/01
Dans la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, une créature inattendue fait son retour dans une réserve privée. Des safaris y sont organisés pour valoriser les efforts déployés.

Réfléchissons un instant à l’existence invraisemblable du pangolin. Cet animal, seul mammifère à écailles au monde, ressemble à un tatou, mais s’avère plus proche du chien sur le plan génétique. Il n’a pas de dents, a une mauvaise vue, et sa langue, rattachée près de son bassin, est plus longue que son corps. Il a quatre pattes, mais se traîne sur ses deux pattes arrière. Une bien étrange apparence qui lui a d’ailleurs valu deux sobriquets : celui de « pomme de pin ambulante » et d’« artichaut à queue ».

Apparu il y a 85 millions d’années, alors que le continent nord-américain frôlait l’Europe et que l’Antarctique ne s’était pas encore détaché de l’Australie pour se diriger vers le sud, le tout premier pangolin côtoyait T-Rex, vélociraptors et autres reptiles volants de la taille d’un avion de chasse. Il existait déjà depuis 15 millions d’années lorsque les premiers primates ont commencé à se balancer dans les arbres, et depuis plus de 84 millions d’années lorsque l’ancêtre de l’humanité moderne a fait son apparition. Il a survécu à plusieurs périodes glaciaires ainsi qu’à l’impact de l’astéroïde qui a anéanti les dinosaures.

Face à l’adversité, on peut dire que le pangolin fait office de survivant de l’extrême. Et c’est tant mieux si l’on considère les menaces auxquelles il est aujourd’hui confronté : c’est l’animal le plus braconné au monde, et la survie de ses huit espèces est en jeu.

Phinda a réintroduit avec succès des rhinocéros, y compris des rhinocéros blancs, qui ont été écornés afin de dissuader les braconniers.

PHOTOGRAPHIE DE Jonathan Gregson

La réserve privée de Phinda, située dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal, fait tout pour que ce mammifère continue de fouler la Terre encore quelques millions d’années. Propriété de l’agence de voyages & Beyond, la réserve Phinda (qui signifie « le retour » en zoulou) dirige un programme unique de réintroduction des pangolins, qui recueille dans toute l’Afrique des animaux braconnés destinés au marché noir asiatique. Pour mettre en lumière son programme, la réserve autorise un petit nombre de visiteurs à se joindre aux chercheurs pour suivre les animaux une fois ceux-ci introduits dans la réserve. Je m’y suis rendue dans l’espoir d’en apercevoir un.

Et cela est arrivé plus tôt que prévu. Ma base, le & Beyond Forest Lodge, se trouve dans le nord de la réserve, laquelle s’étend sur 300 kilomètres carrés. Ses élégantes cabanes, construites au milieu des arbres au sein d’une épaisse forêt, sont reliées entre elles par des chemins sablonneux sur lesquels les nyalas et les touristes tombent régulièrement nez à nez. Un pavillon en bois servant de bibliothèque a été construit sur une plate-forme surélevée surplombant des prairies où paissent des impalas en état d’alerte permanent. Sur une longue table au milieu de la pièce trône une collection d’objets qui ferait saliver n’importe quel zoologiste. Entre les dents d’éléphant, les crânes de porc-épic et les ammonites, repose une petite sculpture en laiton d’un animal écailleux à la longue queue et à la petite tête. Mon premier pangolin.

En repérer un vrai sera une autre paire de manches. Pour évaluer mes chances, je rencontre le responsable de la conservation de la réserve, Dale We...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...