Quand Paris succombait à la perlomanie

LePoint - 15/01
Jusqu’en juin, l’école des Arts joailliers soutenue par Van Cleef & Arpels accueille une exposition qui retrace l’histoire oubliée d’une saga commerciale et artistique nouée entre les perles du golfe persique et la place Vendôme.

Le Louvre avait accepté avec beaucoup de réticences la surprenante collection d'art léguée par Madame Thiers en 1880. Il faut dire que ces objets hétéroclites, exposés avec les bijoux de la Couronne dans la galerie d'Apollon, avaient été qualifiés par les frères Goncourt d'« affreux et de bourgeois ensemble d'art ». En 1922, un projet de loi autorisa le musée à s'en défaire. La vente aux enchères, qui suivit deux ans plus tard devant un millier de spectateurs, suscita une immense vague d'intérêt des deux côtes de l'Atlantique. Un objet attira tout particulièrement l'attention : un collier de 145 perles remarquablement assorties et ordonnées sur trois rangs. Pour exalter son prestige et attirer l'intérêt d'une clientèle américaine, le journal Butte Miner (un quotidien racheté et soutenu au Montana par le roi du cuivre Williams Andrews Clark) n'hésita pas à proclamer que le musée se séparait en vérité des perles parce que celles-ci se mourraient car elles avaient besoin d'être aimées. Une mère de substitution avait même été trouvée pour un temps en la personne de Lilian Greuze. D'après le quotidien, l'actrice choisie pour sa « peau veloutée et son tempérament égal » se présentait chaque jour au Louvre pour recevoir les perles qui illuminaient ensuite son cou le temps d'une promenade, encadrée par une escouade de gendarmes, le long de la rue de Rivoli jusqu'aux Champs-Elysées devant les passants éblouis.

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