C'est un train à remonter le temps. Sur un quai de la gare de Bilbao-Concordia, au centre de la métropole basque, une rame crème et bleu marine tranche avec les trains modernes qui desservent d’ordinaire cette petite station vouée au trafic régional. Ornées de blasons soigneusement peints sur le métal, ses treize voitures, dont les plus lointaines se dérobent à la vue dans l’obscurité d’un tunnel, semblent sorties d’une autre époque. Ses membres d’équipage, vêtus d’un uniforme impeccable aux couleurs du train, accueillent les passagers dans un large sourire. Panneaux en bois verni, sol couvert de moquette, piano rappelant les clubs de jazz de l’entre-deux-guerres…
Une fois à l’intérieur, on se croirait au cœur des Années folles. Le décor n’est pas seulement désuet, il témoigne aussi d’un sens aigu de la perfection. Sur chacune des tables alignées au cordeau du très intimiste wagon-restaurant, sont disposés un petit bouquet de fleurs, deux flûtes à champagne et une lampe à la lumière diffuse. Au-dessus des fenêtres tendues de rideaux, des vitraux colorés s’illuminant à la nuit tombée ajoutent une touche délicieusement kitsch. Rayen La Pena, la cheffe de bord, invite les passagers à prendre place dans les fauteuils Louis-Philippe au motif feuillagé d’un vert défraîchi. Puis elle se place au milieu de la voiture et lance :
Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du Transcantábrico !
Ce fier convoi tient son nom de la côte cantabrique, le littoral atlantique du nord-ouest de l’Espagne, entre la frontière française et la Galice. Car il relie Bilbao, la plus grande ville du Pays basque, à Saint-Jacques-de-Compostelle, la cité des pèlerins, en longeant l’océan via l’un des paysages les plus verts et les plus sauvages de la péninsule ibérique – l’un des plus méconnus des touristes, aussi. Ce "jeune vieux" train de luxe (il a été lancé en 1983 en réemployant des voitures de première classe datant de 1923) est une lointaine évocation de l’Orient-Express… mais sans le côté "express". Le Transcant...
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