ENTRETIEN. « Rien ne réjouit plus Wall Street et Pékin que la fragmentation de l’Europe »

Ouest France - 18/12
Enrico Letta, ancien chef du gouvernement italien, président de l’Institut Jacques Delors, vient de sillonner toute l’Europe pour son rapport sur la compétitivité. Il publie chez Odile Jacob : « Des idées nouvelles pour l’Europe ». Nous l’avons rencontré. Il nous parle de son voyage à travers l’UE, dans 65 villes du continent. « Malheureusement, en avion, faute de TGV. »

Enrico Letta, ancien chef du gouvernement italien, président de l’Institut Jacques Delors, vient de sillonner toute l’Europe pour son rapport sur la compétitivité. Frappé par le nouveau rôle joué par l’Europe centrale et orientale.

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Quel a été l’impact de la guerre en Ukraine sur les Européens ?

La guerre a eu un effet politique, elle a récupéré vingt ans d’élargissement caché de l’UE. Depuis février 2022, les pays d’Europe centrale et orientale ont acquis une centralité politique qu’ils n’avaient pas. Un rôle que leur entrée dans l’UE et près de deux décennies ne leur avait pas donné. Ces pays ont pu nous dire, par rapport à la Russie : nous avions raison. C’est un changement majeur pour les équilibres européens.

Cela pour la politique, mais dans les esprits, qu’est-ce que la guerre a changé ?

C’est la fin de la stabilité gratuite. La fin d’une longue période durant laquelle nous avons vécu sans jamais nous poser réellement la question du coût réel de notre sécurité, de notre défense. Le temps de la naïveté est révolu. D’un coup. Bien sûr, la France a toujours eu une approche un peu différente en matière de défense. Mais pour l’Italie, pour l’Allemagne, l’Espagne, c’est un changement profond.

Parmi ces pays que la guerre place au centre des enjeux, il y a notamment la Pologne. Quel rôle peut-elle jouer aujourd’hui ?

Et en 2025, avec la présidence de l’Union européenne, la Pologne sera encore plus au centre du jeu. Pour notre Institut, ce n’est pas nouveau. Jacques Delors, jusqu’au bout, insistait toujours pour qu’on ouvre un centre à Varsovie. Après Bruxelles,...
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