En décembre 1974, lors de son passage à la douane de l’aéroport de Paris, le paléoanthropologue Donald Johanson a présenté les paquets emballés dans son sac comme des fossiles en provenance d’Éthiopie, ce à quoi le douanier lui a répondu : « Vous voulez dire Lucy ? ». Cet échange, qui peut paraître anodin aujourd’hui, constituait un avant-goût de la popularité à venir de ce fossile qui ne tarderait pas à devenir un véritable phénomène mondial et à bouleverser la recherche scientifique sur l’évolution humaine.
Quelques semaines plus tôt, Johanson et son équipe avaient découvert les ossements d’une australopithèque adulte qui semblait être une lointaine ancêtre des humains actuels. Le squelette attendait encore d’être examiné et analysé par les chercheurs, mais un communiqué de presse avait suffi à le propulser au rang de fossile le plus connu de l’Histoire.
À l’époque, « les origines de l’humanité suscitaient un très grand intérêt », se souvient le paléoanthropologue. Les différentes découvertes réalisées par la famille Leakey et d’autres scientifiques en Afrique du Sud avaient déjà révélé certains détails de notre histoire, en suggérant notamment que nos ancêtres avaient commencé à adopter une posture verticale sur le continent africain il y a des millions d’années et, plus tard, avaient développé un plus grand cerveau accompagné de la capacité d’utiliser des outils.
Les fossiles découverts jusqu’alors étaient néanmoins très incomplets : un crâne d’un côté, une partie d’un pied de l’autre. En outre, tous dataient de moins de 1,75 million d’années, soit nettement moins que ce que l’on pensait être nos ancêtres les plus lointains.
À son arrivée, Lucy a ainsi établi des records en devenant le squelette le plus ancien et le plus complet jamais découvert, tout en confirmant des théories relatives à l’évolution des humains vers la bipédie. D’autres fossiles l’ont depuis dépassée, mais cinquante ans après sa découverte, Lucy reste un véritable symbole de l’évolution humaine.
Cette reconstitution du squelette de Lucy est exposée au muséum d'histoire naturelle Senckenberg à Francfort, en Allemagne. Depuis sa découverte, les chercheurs tentent de déterminer combien de temps Lucy passait à grimper aux arbres et à se déplacer au sol sur ses deux jambes.