Au Texas, une jeune maman ayant subi une complication rare à la naissance de ses triplés ne s'est réveillée qu’une semaine plus tard… Oubliant tout de son accouchement. Comment reconstruire le lien après cela ? Notre psychologue nous répond.
En août dernier, Marisa Christie, une Texane, devait enfin accoucher de triplés grâce à une césarienne programmée. La rencontre était tant attendue, mais rien ne s’est passé comme prévu.
Le 21 août, la jeune femme déjà maman d’un petit garçon de 4 ans, et enceinte de 3 petites filles, arrive ainsi sereine dans une maternité de la ville de Houston pour sa césarienne programmée. L'accouchement se déroule normalement et Charlotte, Kendall et Collins, les trois bébés, voient le jour. Mais en 45 minutes, tout s’effondre pour la maman de 30 ans. Alors que ses bébés reposent sur elle, celle-ci se met à convulser. "Elle était presque grise", déclare sur Today, le Dr Ricardo Mora, anesthésiste. "Je savais que quelque chose de terrible venait de se produire".
Marisa fait une embolie amniotique, une réaction allergique intense au liquide amniotique après l'accouchement alors qu’on lui extrait son placenta. Une cause bien souvent mortelle.
Concrètement, une embolie amniotique survient quand le liquide amniotique, qui contient des cellules ou du tissu provenant du fœtus, pénètre dans le sang de la mère, provoquant une réaction grave et potentiellement mortelle. Il s'agit d'un syndrome rare, mais accru en cas de naissance multiple. On estime en France qu'elle survient dans environ 2 à 6 grossesses/100 000.
"C’est une véritable catastrophe. Quand cela se produit, c’est mortel dans 80 à 85% des cas", explique le Dr Mora qui compare cela à un choc allergique.
Plus précisément, le passage de liquide amniotique dans le sang maternel peut provoquer une obstruction pulmonaire, une détresse respiratoire aiguë, une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), soit la formation de petits caillots dans les vaisseaux sanguins de l’organisme, responsables d’hémorragies majeures.
Marisa Christie suffered an amniotic fluid embolism after giving birth. Christie was "clinically dead" for 45 minutes. When she woke up, she found out she had gave birth to triplets. https://t.co/SScyugXvIG
— TODAY (@TODAYshow) November 16, 2024
Fort heureusement, le médecin qui a déjà vu un tel cas, comprend rapidement quel syndrome touche l'Américaine. Et parvient à la stabiliser. Après un massage cardiaque, la jeune femme est sédatée. Elle subit alors une ablation de l’utérus, qui la sauve, mais reste inconsciente pendant une semaine.
Surprise ! A son réveil, Marisa Christie n'a plus aucun souvenir de son accouchement. "Mon mari m'a dit : 'on a eu des bébés. Elles sont en bonne santé et en pleine forme'", raconte-t-elle quelques mois plus tard. "J'étais absolument terrifiée. (…) Comment ai-je pu ne pas me souvenir que j'avais eu mes bébés ?", avoue-t-elle aujourd’hui. Sous le choc, la trentenaire confie avoir alors besoin de temps pour intégrer la nouvelle, aidée par son mari, qui lui retrace tous les épisodes.
Quelques semaines plus tard, le choc a-t-il eu raison de cet attachement qui doit se faire à la naissance d’un enfant ? Interrogée par nos soins, la psychologue clinicienne Johanna Rozenblum nous rassure. Selon elle, malgré un début catastrophique et une amnésie, cette famille à toutes les chances de retrouver une unité.
"L'attachement se fait naturellement à la naissance, quand on se rapproche de son bébé, qu’on l'allaite, qu'on s’en occupe. On crée une hormone, l'ocytocine qui favorise l’attachement. Même si elle a une amnésie rétrograde, que l‘oubli lui cause un choc (compréhensible) ou qu’il persiste une souffrance ou une culpabilité, l'attachement se fera naturellement dès lors qu'elle retrouve sa place de mère".
Et à l’écouter, d’ailleurs, Marisa Christie serait aujourd’hui plus déterminée que jamais à profiter du meilleur, après être passée près du pire. "Je suis devenue plus forte, (...) vivre une expérience traumatisante comme celle-là change la façon dont on voit les choses", assure aujourd'hui la mère de famille.