Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°934, daté décembre 2024.
On imagine volontiers que l'Église a interdit (ou au moins lutté contre) les chiffres arabes, symboles du monde musulman honni, et en particulier le zéro, symbole diabolique d'un vide pouvant menacer la création divine. De fait, s'ils étaient connus dès 773 à Bagdad, il fallut des siècles pour que l'Occident accepte leur usage. Derrière cette idée implicite d'un choc des civilisations et d'un Moyen Âge obscurantiste se cache néanmoins une vérité plus subtile.
Commençons par quelques aspects purement factuels. Les chiffres arabes sont tout bonnement interdits par le Conseil de Florence en 1299 et par l'Université de Padoue en 1305, en Italie. Si l'on remonte plus loin, l'introduction des chiffres arabes se fait en oubliant littéralement le zéro : c'est le cas du premier manuscrit de l'histoire écrit en latin et présentant les chiffres arabes, le Codex Vigilanus, rédigé vers 975 dans un monastère du nord de l'Espagne. On y trouve "les neuf figures" (9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1), mais le zéro n'y apparaît pas !
De même, lorsque Gerbert d'Aurillac, futur pape, les introduit dans les années 990, il oublie le zéro, tout comme ses (probables) disciples Be...
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