Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°933, daté novembre 2024.
On peut dire que Bibracte se mérite. Pour y parvenir, il faut d'abord compter une heure de route depuis la gare la plus proche du Creusot (Saône-et-Loire). Lorsque commencent à se densifier les hêtres et les sapins du parc naturel du Morvan - 1000 hectares d'une forêt nimbée d'un brouillard quasi mystique le jour de notre venue -, une ascension s'impose à travers les bois. Celle du mont Beuvray, qui culmine à 821 mètres. Depuis son sommet, lorsque le ciel est dégagé, il est possible d'apercevoir le mont Blanc.
Difficile d'imaginer qu'il y a 2000 ans, s'y dressait l'une des villes les plus importantes du monde gaulois, également capitale du peuple celte des Éduens. Difficile aussi de concevoir qu'en 52 avant notre ère, c'est là que Vercingétorix a harangué les tribus gauloises pour les convaincre de se fédérer face à César et a été élu chef de la révolte. Car ce qu'il reste de Bibracte, qui compta entre 5000 et 10.000 habitants à son apogée au 1er siècle avant notre ère, ce ne sont hélas que des trous de poteau dans la terre, frustrants vestiges en négatif des bâtiments, principalement en bois, et tout au plus quelques pierres oubliées durant des siècles sous la mousse, les fougères et les feuilles mortes.
Crédit : Bruno Bourgeois
"L'étude de la protohistoire est souvent qualifiée d'archéologie du vide tant les traces matérielles qu'il en reste sont rares ", regrette Sophie Krausz, archéologue et professeur à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, qui fouille depuis 2019 les Grandes Portes, un secteur méconnu de la ville. "Il faut déduire à partir de ce qu'on ne voit plus, comme cet immense trou par exemple ", dit-ell...
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