Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°933, daté novembre 2024.
À six kilomètres au nord de la ville universitaire de Lund (Suède), au terminus d'une ligne de tramway prolongée jusqu'à lui, sort lentement de terre un "super-microscope" de 70 hectares, soit une centaine de stades de football. Une fois achevé vers 2028, l'European Spallation Source (ESS) deviendra l'une des plus grandes installations scientifiques en Europe, avec le collisionneur de particules (LHC) du Cern, à Genève (Suisse).
Ce nouveau temple de la "Big Science", conçu par un consortium de 13 pays européens, impressionne tant par ses dimensions que par ses objectifs. Il verra les atomes les plus petits, jusqu'à l'hydrogène. Il révélera l'intérieur des objets sans les détruire, bien plus en profondeur que des rayons X. Il observera la matière en mouvement, les molécules qui se lient ou se séparent, les vibrations infimes des matériaux… Tout cela grâce aux neutrons, l'un des constituants du noyau des atomes, dont l'ESS se servira pour jeter sur la matière une "lumière" bien singulière.
Dix ans après le début officiel des travaux, les bâtiments sont achevés au beau milieu de la campagne suédoise. Il faut désormais les investir. Notamment un impressionnant couloir de 600 mètres de long qui abrite l'accélérateur de protons, en cours d'assemblage, d'une puissance de 5 mégawatts à terme. C'est la pièce maîtresse de l'ESS, en grande partie réalisée par des équipes du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de Saclay et du CNRS. De lui dépendra toute la "brillance" de la so...
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