"Lui ne me juge pas", chuchote Benoît, en glissant sa main sur le dos d’Ugo, un imposant fjord dont il apprécie la douceur. À quelques kilomètres de La Rochelle, sous un pâle soleil et le regard de Steven, aide moniteur au centre équestre du Marouillet, le quadragénaire poursuit la préparation de son compagnon, qu’il chevauche tous les vendredis depuis un an. Plus quand il a le temps. S’il connaissait déjà le monde du cheval par son père, palefrenier et jockey, c’est après un mauvais virage qu’il en a découvert les bienfaits.
Mon truc à moi, c’était les voitures. J’étais mécanicien, passionné de courses. Mais du jour au lendemain, à 19 ans, ma vie a basculé. Je suis devenu hémiplégique.
Benoît est un rescapé. Il raconte l’accident, les trois mois de coma, la bataille pour réapprendre à parler, à marcher. "Quand ce genre de chose vous touche, vous perdez tout : votre place dans la société, votre confiance en vous." Un peu par hasard, il entend alors dire, par le biais de l’Association des paralysés de France, que l’équitation pourrait l’aider à retrouver cette confiance perdue. Alors il tente sa chance. C’est la révélation. Sur le dos d’Ugo, Benoît devient un cavalier comme les autres.
Mais assez parlé ! Steven le presse pour seller, et prendre le chemin de la "rampe", le dispositif construit par le centre pour permettre aux personnes à mobilité réduite de se hisser sur le dos de l’animal. Une fois Benoît monté, Steven l’invite à se redresser, à regarder loin devant, corrigeant sa posture. Atteint de déficience mentale, le jeune homme de 28 ans réside au Marouillet, comme une trentaine d’autres pensionnaires. Car ce centre équestre est unique en France. Il abrite en son sein un Ésat, une structure médico-sociale visant à réinsérer par le travail les personnes en situation de handicap. Et dans ce cas précis, par une activité en relation avec le cheval.
Comme Benoît, Steven doit beaucoup à l’animal. Il a d’abord suivi lui aussi des séances d’équithérapie. Puis il est passé de l’autre côté du licol, devenant moniteur. "Il a fait énormément de progrès au contact des cavaliers avec lesquels il travaille, sur la parole, dans son relationnel", estime Samantha Gadret, la responsable de l’établissement. Tout cela grâce à ce tiers de confiance qu’est le cheval, qui jamais ne juge et permet, selon Samantha, de "créer un pont entre le handicap et le monde ordinaire".
Chiens, chats, tortues, lapins, et même furets ou dauphins, tout un bestiaire est utilisé en médiation animale. Bestiaire dans lequel les équidés tiennent une place à part. "Contrairement au chien, par exemple, un cheval ne cherche pas à faire plaisir à l’homme. Cela en fait un partenaire de choix, qui devient le vrai miroir de nos émotions", estime François Dupuy, infirmier au centre Henri-Laborit de Poitiers, un hôpita...
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