Le 9 décembre 2023, Yohanne Abayateye et un ami font une horrible découverte en longeant la lagune d’Anyamam, au Ghana, près de la ville d’Ada où ils habitent. Ce matin-là, ils découvrent sur la plage un corps gisant sans bras, ni pied, ni tête. Tout le village est alors persuadé qu’il s’agit du corps de Samuel, le frère de Yohanne, disparu en mer six semaines plus tôt. "Il portait le même T-shirt et une marque distinctive sur le corps", explique Dyhia Belhabib, enquêtrice pour l’ONG canadienne Ecotrust qui aide au développement durable dans les pays du Sud.
Samuel Abayateye était un fonctionnaire de 38 ans, mandaté par le comité des pêches ghanéen, en tant qu’observateur à bord d’un bateau de pêche au thon. Son travail consiste à faire des rapports à son gouvernement sur les poissons pêchés mais aussi rejetés en mer. Le navire sur lequel il travaillait, le Marine 707, appartient à la World Marine Company, une société enregistrée au Ghana, et dont les capitaux sont asiatiques. Mais, le 30 octobre 2023, l’équipage rapporte la disparition de cet observateur de pêche aux autorités du port de Téma, au sud du pays. Selon le rapport de la police ghanéenne que la cellule investigation de Radio France a pu lire, les marins ont constaté que Samuel Abayateye n’était plus à bord à leur réveil alors qu’il avait été vu, la veille, endormi sur une chaise. Interrogés sur ce corps retrouvé sur la plage, six semaines plus tard, les représentants de la World Marine Company ont déclaré à la presse locale qu’ils doutaient que ce soit celui du fonctionnaire ghanéen.
La mère de l’observateur avait pourtant fourni un échantillon d’ADN aux enquêteurs pour faire des tests mais en octobre 2024, les résultats n’ont toujours pas été divulgués. "Nous sommes très pauvres. Il faut aller régulièrement à la police pour avoir des informations, engager un avocat. Nous n’avons pas les moyens", explique Eugène Emmanuel, un proche de Samuel Abayateye. Presque un an après sa disparition, l’analyse ADN n’a toujours pas été réalisée et le corps toujours pas rendu à la famille. Ni la police, ni le comité des pêches n’ont répondu à nos questions. Le bateau et son équipage ont pu retourner pêcher du thon cette année.
Ce n’est pas la première fois qu’une disparition inquiétante d’observateur de pêche a lieu au Ghana. Déjà en 2019, Emmanuel Essein avait disparu dans des circonstances troubles alors qu’il se trouvait à bord d’un chalutier battant pavillon ghanéen, mais travaillant pour des intérêts chinois, le Meng Xin15. "Emmanuel était quelqu'un de très intègre donc dès qu’il se passait quelque chose d’anormal, il le mettait dans son rapport. Et ça, c'est très dangereux quand on travaille sur une flottille comme la Meng Xin chinoise", assure Dyhia Belhabib de l’ONG Ecotrust. Emmanuel Essein avait été en effet témoin d'un transbordement en mer.
Il s’agit d’une pratique interdite où des bateaux avec des licences de pêche vendent des caisses de poissons au milieu de l’océan à l’abri des regards, à un autre bateau qui lui ne possède pas de licence. Ils peuvent ainsi pêcher plus de poissons que ce qui leur est autorisé. "Je vous supplie d’enquêter là-dessus”, avait écrit Emmanuel Essein dans son rapport, ajoute la représentante d’Ecotrust.
Mais après avoir alerté sur cette mauvaise prati...
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