Sœurs ennemies : Athènes et Sparte étaient-elles si rivales qu’on le dit ?

National Geographic - 08/10
De nombreux Athéniens admiraient leurs supposés rivaux, les Spartiates. Victimes de « laconophilie », certains commencèrent à imiter leurs adversaires et même à s’habiller comme eux.

Un événement paradoxal se produisit au paroxysme des hostilités entre Athènes et Sparte, qui culminèrent dans la dévastatrice guerre du Péloponnèse (431-401 av. J.-C.). Certains Athéniens commencèrent à idolâtrer plutôt qu’à haïr leurs ennemis mortels. On se mit à cultiver un style spartiate, à porter les cheveux longs et à s’habiller sobrement. On adopta un mode de vie plus spartiate et l’on se mit à suivre des régimes alimentaires spartiates, à éviter la consommation d’aliments exotiques et de vin. Les Athéniens fortunés semblaient se piquer de tout ce qui pouvait avoir trait à Sparte ; un phénomène que l’on nomma laconophilie (la Laconie est la région historique du sud-est du Péloponnèse de laquelle Sparte était la capitale).

Cette figurine en bronze à l’effigie d’un guerrier spartiate vient du sanctuaire d’Apollon Korythos à Messène, dans le sud du Péloponnèse. Elle fut fabriquée entre 550 et 525 av. J.-C., soit quelques décennies avant la participation cruciale de Sparte dans les guerres médiques. La figurine tenait autrefois une lance dans la main droite.

PHOTOGRAPHIE DE César Fornis Vaquero

La réputation des Spartiates se bâtit lors des guerres médiques (490-479 av. J.-C.) lorsqu’ils prirent la tête des forces grecques pour mener la résistance contre l’envahisseur perse. Le sacrifice mortel du roi spartiate Léonidas et de ses 300 soldats d’élite lors de la bataille des Thermopyles, en 480 avant notre ère, fut décrite avec précision et grandeur dans les Histoires d’Hérodote. Le récit de trois jours où les Spartiates se battirent bec et ongles pour tenter, vainement, de retenir les Perses ferait de ces premiers des symboles éternels de la lutte grecque pour la liberté.

Simonide de Céos, poète contemporain, fit le panégyrique des Spartiates morts aux Thermopyles : « Passant, dis à Sparte que ses fils ici demeurent, obéissants à ses lois jusqu’à la dernière heure ». Au quatrième siècle avant notre ère, l’historien Éphore de Cumes alla plus loin encore et présenta la défaite sanglante des Spartiates comme un acte triomphal. Les œuvres d’Éphore ne nous sont pas parvenues, mais Diodore de Sicile, historien du premier siècle avant notre ère, cite ce dernier et écrit que Léonidas et ses Spartiates « ont mieux mérité de la liberté commune des Grecs que ceux qui, plus tard, remportèrent la victoire sur Xerxès ; l’action de ces Spartiates étonna les Barbares et excita l’émulation parmi les Grecs. ». Au quatrième siècle avant notre ère, de nombreux orateurs athéniens défend...
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