ENTRETIEN. Il y a 80 ans, le débarquement en Provence, « un événement majeur »

Ouest France - 15/08
Le 15 août 1944, les troupes alliées – composées de soldats français – débarquaient en Provence pour prendre à revers la Wehrmacht. Une opération qui fut longtemps éclipsée par le débarquement normand, mais dont l’impact fut également décisif. Interview avec l’historien Jean-Marie Guillon.

C’est l’autre débarquement en France : celui qui eut lieu en Provence à partir du 15 août 1944. Une opération voulue par les Américains pour contrôler notamment les ports de Marseille et Toulon. Elle permit aussi de prendre à revers les troupes allemandes, deux mois après le débarquement en Normandie. L’opération se révéla décisive et accéléra la libération du pays. L’historien Jean-Marie Guillon, professeur émérite de l’université d’Aix-Marseille, nous explique pourquoi ce deuxième débarquement est resté minoré dans les mémoires.

Pour quelles raisons les débarquements de Normandie et de Provence n’ont pas eu lieu en même temps ?

Ils ont été conçus ensemble et il était prévu qu’ils se déroulent de manière simultanée, notamment pour pouvoir prendre les Allemands à revers. Mais en mars 1944, l’état-major américain a décidé de retarder le débarquement en Provence – d’abord baptisé Anvil (« enclume ») puis, plus tard, le 1er août, Dragoon – pour des raisons de logistique : par manque de barges de débarquement. Les Alliés avaient voulu augmenter leur nombre de divisions en Normandie. Et par ailleurs, le débarquement d’Anzio, en Italie centrale, se passait moins bien que prévu.

Malgré l’opposition de Churchill à ce deuxième débarquement, Eisenhower et son état-major l’ont maintenu. Pourquoi ?

Les Américains voulaient absolument contrôler les ports en eau profonde de Marseille et Toulon. Ils estimaient ces ports indispensables pour alimenter l’effort de guerre en hommes et en matériels. C’était également une manière de faire participer des troupes françaises à la...
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