Pour les « déguerpis » de Côte d’Ivoire, l’histoire se répète

LePoint - 12/08
DÉCRYPTAGE. Depuis le début de l’année, une importante campagne de « déguerpissements » est à l’œuvre dans les rues de Côte d’Ivoire. Derrière ce terme se cache un phénomène solidement ancré dans l’imaginaire collectif des pays d’Afrique francophone.

Déguerpir. Si ce verbe appartient bel et bien à la langue française, il puise ses racines dans le monde germanique. À l'origine, le mot faisait référence à un acte d'abandon d'un droit ou d'une possession ; nous parlions alors de « déguerpir un héritage » pour traduire le renoncement à une succession. En France, sa signification a progressivement mué au fil des siècles pour désigner aujourd'hui une fuite rapide, lorsqu'un voleur détale des lieux de son larcin par exemple. Mais en Afrique subsaharienne francophone, déguerpir revêt un autre sens encore, puisqu'il est communément employé pour nommer les expulsions de populations empiétant sur l'espace public. Qu'il s'agisse de destructions d'habitats ou de commerces en bord de route, ce sont parfois des quartiers entiers, véritables excroissances urbaines, qui disparaissent sous les coups de pelleteuses. Démunies devant la valse des engins de chantiers, des familles déjà précaires voient leur vie basculer en quelques minutes.

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