Le « Sierra Madre », épave philippine assiégée par la Chine depuis 25 ans

Jérémy André - LePoint - 29/07
ÉPAVES DE LÉGENDE (1/5). Échoué dans les Spratleys, ce rafiot de la marine philippine, vétéran du Pacifique et du Vietnam, est assiégé par la Chine depuis 1999.

« Ne bougez plus ! » À l'issue d'une poursuite, la garde-côte chinoise, sabres et haches brandies, prend d'assaut un semi-rigide de la marine philippine, ce 17 juin. La scène s'est déroulée aux abords du Second Thomas Shoal, l'atoll le plus disputé de l'archipel des Spratleys, le dernier, et de loin le plus grave, d'une série d'incidents dans la région. L'objectif des Chinois : empêcher le réapprovisionnement d'une épave échouée sur ce récif de mer de Chine du Sud, le BRP Sierra Madre. Bien qu'incapable de naviguer et cloué au Banc Second Thomas depuis vingt-cinq ans, ce « navire de la république des Philippines » (traduction exacte de BRP, « Barko ng Republika ng Pilipinas » en philippin) est toujours supposé être en service.À LIRE AUSSI En mer de Chine méridionale, avec les Philippins harcelés par PékinLe Sierra Madre a davantage des airs de vaisseau fantôme, voire de monstre marin, une chimère de corail, de sel et d'acier. Sur les rares images rapportées par la presse ou diffusées par les Chinois et les Philippins, sa carcasse peinte en gris-bleu de la marine américaine est grêlée de rouille, le tirant d'eau entièrement rongé par le ressac, penchée à tel point que la cathédrale d'antennes et de treuils sur son château central semble devoir s'effondrer à tout moment.

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Depuis 1999, sans interruption, des marins philippins, une dizaine à chaque fois, y effectuent d'éprouvantes rotations de plusieurs semaines, à dormir dans ses entrailles rouillées, survivant de la pêche et de maigres rations apportées par les fameuses missions de réapprovisionnement – jamais plus de trois semaines de vivres à chaque fois.

Il sert de tête de pont à la marine philippine pour éviter que la Chine ne contrôle ce énième point stratégique à plus de 1 000 kilomètres de ses côtes. Étendant à partir de 2012 des îles artificielles sur des récifs et îlots, la marine de l'Armée populaire de libération (APL) a en effet déjà établi dans les Spratleys sept bases militaires p...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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