Ambitions, désertions et trahisons: la tornade politique qui agite l'Espagne

Alban Elkaïm - Slate FR - 25/03
Depuis près de deux semaines, la chronique politique espagnole semble sortie de l'imagination d'un scénariste fou. Au rythme des intrigues de ses puissants, le pays vit une série de chambardements qui pourraient avoir de grandes conséquences.

Tremblement de terre à Madrid, ce lundi 15 mars. «J'ai annoncé à Pedro Sánchez ma décision de quitter mon poste au gouvernement», lâche Pablo Iglesias, l'air grave, assis dans une salle au décor enlevé, derrière un bureau sur lequel pas un crayon ne traîne. Tout le monde est pris de court. Même Pedro Sánchez, président socialiste du gouvernement espagnol. Il vient à peine de recevoir un coup de téléphone, en plein milieu de sa rencontre avec Emmanuel Macron, à Montauban. Son deuxième vice-président, pièce centrale de l'exécutif, l'a averti qu'il quittait le navire.

Pablo Iglesias, leader du parti de gauche radicale Podemos, s'éjecte d'un gouvernement de coalition à l'équilibre précaire, alors que le pays se débat avec la pandémie et est secoué depuis quelques jours par une tornade politique qui rebat les cartes en Espagne. «Je vais me présenter aux élections du 4 mai prochain dans la région de Madrid. Un militant doit être là où il est le plus utile. Madrid se trouve actuellement face à un énorme risque, pour la région, mais aussi pour toute l'Espagne: qu'il y ait un gouvernement d'extrême droite d'[Isabel Díaz] Ayuso avec Vox», assène-t-il dans la vidéo qu'il vient de diffuser sur les réseaux sociaux.

«Opération Baron Noir», ironise, sur Twitter, le seul journaliste qui a ébruité la nouvelle avant qu'elle ne soit officielle. Pour expliquer ce mouvement, il faut revenir cinq jours en arrière.

Premier coup de tonnerre dans le sud

Mercredi, le soleil du sud de la péninsule réchauffe doucement cette belle matinée de mars dans la région de Murcie, quand un coup de tonnerre retentit dans les postes de radio et télévision de tout le pays. Le parti Ciudadanos, centre droit, lance un «putsch» institutionnel contre l'allié de droite avec lequel il gouverne la région, le Parti populaire (PP). Avec la complicité des socialistes, leur adversaire politique. Ensemble, ils enregistrent une motion de censure contre le...
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