Diagnostic médical : ces animaux qui détectent les maladies des humains

Jacqueline Boyd - TheConversation-France - 16/07
Cancers, Covid-19, Parkinson, hypoglycémie diabétique… Certains animaux sont capables de détecter de nombreuses affections. Entraînés, ils peuvent parfois constituer de précieuses aides au diagnostic.

On pourrait penser, lorsqu’il s’agit d’établir précisément le diagnostic d’une maladie, qu’il est systématiquement nécessaire de recourir à des machines de haute technologie ou à de coûteux équipements capables d’observer le corps dans ses profondeurs les plus intimes. Certes, ces instruments médicaux sont souvent indispensables, et donnent des résultats extraordinaires. Mais on peut aussi détecter certaines maladies grâce à des agents moins conventionnels et plus… biologiques. Certains d’entre eux vivent peut-être même sous le même toit que vous.

On sait en effet que de nombreuses espèces animales sont capables de détecter les maladies chez l’être humain, que ce soit directement chez les individus eux-mêmes ou lors d’expériences en laboratoire, sur des échantillons biologiques : parmi les animaux concernés, citons le ver microscopique Cænorhabditis elegans, les fourmis, les souris ou encore les chiens, notamment.

On connaît de nombreuses anecdotes de propriétaires qui ont découvert qu’ils avaient un problème de santé grâce à leur animal de compagnie. l existe de nombreux cas de propriétaires d’animaux sans méfiance découvrant qu’ils avaient un problème de santé grâce à leur animal de compagnie. Par exemple, des chiens qui lèchent, reniflent et même essaient de mâcher des zones sur la peau de leur propriétaire – zones qui ont ensuite été diagnostiquées comme étant porteuse d’un mélanome malin.

Les maladies détectées sont diverses (du cancer à des infections urinaires en passant par la Covid-19 ou des infections gastro-intestinales à Clostridium difficile), mais bon nombre d’entre elles sont potentiellement graves, en particulier chez les patients vulnérables et immunodéprimés. Une détection précoce et précise est donc essentielle.

Voici quelques illustrations de ces surprenantes capacités animales.

Les chiens

On considère généralement que l’odorat des chiens est plus de 10 000 fois plus développé que le nôtre. Cette impressionnante capacité olfactive leur permet de détecter des odeurs spécifiques, même à des concentrations incroyablement faibles. En outre, les canidés peuvent aussi utiliser leurs narines indépendamment l’une de l’autre lorsqu’ils sont à la recherche de nouvelles odeurs. C’est probablement ce qui explique qu’ils soient capables de flairer toute une gamme de maladies : maladie de Parkinson, cancer de la vessie ou encore paludisme. En outre, des chiens d’alerte médicale spécialement formés peuvent aussi prédire des crises d’épilepsie, ou identifier les hypoglycémies chez les patients diabétiques.

Les chiens de biodétection et d’alerte médicale sont dressés pour associer la détection d’odeurs spécifiques à une récompense – comme une friandise ou un jouet. Ce conditionnement les entraîne à reconnaître chez leurs maîtres les changements d’odeur ou les modifications physiques et comportementales qui peuvent être des signes précoces d’une crise ou d’un problème de santé.

Généralement, lorsqu’un chien de détection reconnaît une odeur, il se fige en attendant sa récompense. Les chiens d’alerte médicale interagissent quant à eux souvent avec leurs maître s – en les tapotant ou en les poussant de leur museau pour leur indiquer qu’ils doivent agir.

Les rats

Les rats sont également très efficaces lorsqu’il s’agit de détecter des odeurs spécifiques. Au Mozambique, le rat géant de Gambie, aussi appelé cricétome des savanes (Cricetomys gambianus), a été entraîné à détecter l’odeur des explosifs contenus dans les mines antipersonnel.

Ces rats s’avèrent également être des partenaires précieux pour les médecins, en particulier lorsqu’il s’agit d’analyser certains échantillons : ils sont en effet capables de détecter la tuberculose dans des expectorations provenant de personnes suspectées d’avoir contracté la maladie. Leurs compétences olfactives leur permettent de reconnaître la signature chimique distinctive associée à l’infection. Là encore, le dressage est important : pour tout travail bien fait, les rats reçoivent une friandise à base d’avocat et de banane.

Les rats ont un sens de l’odorat incroyablement développé. Rosa Jay/Shutterstock

Ces rats entraînés constituent un précieux avantage lorsque l’argent ou le temps manquent. Car ils sont rapides : il ne leur faut que 20 minutes pour examiner une centaine d’échantillons. Le tout avec une bonne précision, puisqu’ils sont capables de détecter les cas positifs 81 % du temps.

Les abeilles

Encore plus surprenant : les abeilles se sont elles aussi avérées capables de détecter les signes de certaines maladies dans des échantillons, qu’il s’agisse de cancer du poumon, de tuberculose ou encore de Covid-19. Ces insectes sont en effet eux aussi extrêmement sensibles aux faibles concentrations d’odeurs, ce qui leur permet de détecter les changements chimiques les plus subtils.

Des chercheurs ont là encore réussi à conditionner des abeilles à répondre à la présence d’odeurs spécifiques en déroulant leur langue, afin d’obtenir une récompense sucrée. Avec l’entraînement, cette réponse devient de plus en plus cohérente, et s’avère très sensible aux modifications d’odeurs liées aux différents états pathologiques.

L’efficacité des abeilles doublée de leur petite taille pourrait en faire une option encore plus économique que d’autres animaux pour analyser rapidement certains échantillons.

Détecter les composés organiques volatiles

Comment certains animaux sont-ils capables d’identifier la présence de maladies spécifiques ? Grâce à leur capacité à détecter les infimes variations qui se produisent dans le profil chimique caractéristique de l’odeur d’une personne.

De nombreuses espèces animales sont en effet capables de détecter les modifications très subtils survenant dans la production de substances appelées composés organiques volatils (COVs). Notre corps libère en permanence des COVs en très faibles quantités, même lorsqu’il est en bonne santé. L’haleine humaine en contient par exemple environ 3 500 différents. Or, la composition et la concentration des COVs relâchés par le corps changent en fonction de l’état de santé d’une personne ; ils seront différents si son corps combat une infection ou rencontre un problème de santé.

Les capacités de détection des maladies que possèdent certains animaux ne sont pas seulement bénéfiques pour les êtres humains. Ainsi, grâce à ses capacités olfactives, le ver C. elegans peut-il non seulement détecter des cancers dans des échantillons humains, mais aussi dans des échantillons provenant de chiens ou de chats.

Grâce à leurs compétences, les animaux de détection pourraient devenir un atout dans le dépistage de certaines maladies. Cette approche est en effet non invasive, rapide et économique. Bonus : elle pourrait aussi favoriser des interactions positives entre êtres humains et animaux.

Actuellement, en raison de la réglementation, les animaux utilisés pour la détection des maladies sont uniquement considérés comme des « outils » de dépistage, utilisables en complément d’autres techniques de diagnostic médical. On pourrait toutefois imaginer que les cadres réglementaires évoluent, permettant un jour à de tels animaux de devenir des éléments clés dans l’élaboration de certains diagnostics.

En matière de détection de l’infection par le SARS-CoV-2 (le virus à l’origine de la Covid-19), une équipe de recherche a découvert que les chiens de détection s’avèrent plus rapides (et moins coûteux) que les tests PCR (il faut cependant souligner que la sensibilité de détection des quatre chiens mis à contribution dans ces travaux a beaucoup baissé lors de l’émergence du variant Omicron, en janvier-mars 2022, ndlr).

Mieux cerner les capacités des animaux à détecter les maladies pourrait nous aider à améliorer encore les tests diagnostiques menés en laboratoire, en mettant à contribution certaines de leurs étonnantes compétences. Rappelons cependant que la priorité, dans un tel contexte, serait de veiller au bon état de santé et au bien-être des animaux impliqués. Il s’agit d’un point essentiel. L’éthique, lorsque l’on travaille avec des animaux, doit avoir la même importance que les considérations de coût, de sécurité et d’efficacité.

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