En 1952, cinq ans avant le Traité de Rome et la fondation de la Communauté économique européenne, Jan Tinbergen, un économiste néerlandais lauréat du prix Nobel, a inventé une règle simple mais souvent négligée par les décideurs politiques : le nombre d'objectifs politiques réalisables ne peut pas dépasser le nombre d’instruments politiques.
Autrement dit, les compétences et les ressources d'une organisation doivent être proportionnées à ses objectifs. Soixante-dix ans plus tard, cette règle est enfreinte au sein des institutions de l’Union européenne.
Certains calculs institutionnels de base révèlent une inadéquation impossible entre les aspirations et les capacités. Selon des sources officielles, la Commission européenne compte aujourd'hui environ 32 000 employés. C’est le même nombre qu’en 2016. Pourtant, la portée et la complexité des portefeuilles ont augmenté.
Cette tendance n’est pas exclusive aux institutions européennes. Une enquête mondiale auprès des fonctionnaires révèle que la majorité des fonctionnaires estiment que le changement climatique a un impact sur leur travail. Pourtant, ils n’ont pas reçu de formation spécialisée pour gérer la complexité et les exigences supplémentaires qui en découlent.
Cela n’est nulle part plus évident que dans la politique numérique. Au cours de la dernière décennie, Bruxelles s'est fait un nom à l'échelle mondiale en adoptant plusieurs réglementations complètes sur la protection des données, les plateformes en ligne, l'IA et l'interopérabilité.
Cependant, le recrutement de talents spécialisés ne s’est pas accompagné de cette explosion d’activités législatives dans des domaines souvent incroyablement techniques.
Toute cette politique technologique n’a pas abouti à l’augmentation du nombre de technologues parmi les fonctionnaires. En fait, la part du personnel dans les directions responsables a, de manière choquante, diminué entre 2016 et 2024.
L’Office européen de l’IA était censé inverser cette tendance. ...
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