Variant brésilien : cet autre (et tragique) échec qui nous pend au nez ?

Atlantico - 24/03
Alors que le variant P1 -nettement plus tueur que le virus original- a été détecté aux États-Unis chez des personnes qui n’avaient pas voyagé, allons-nous reproduire la même erreur que face au variant britannique en ne faisant pas respecter les quarantaines post-passage des frontières ?

Atlantico : Alors que les cas semblent se multiplier aux Etats-Unis, quel est l'état de la menace du variant brésilien ?

Claude-Alexandre Gustave : Tout d’abord il convient de préciser de quel variant nous parlons. L’expression « variant brésilien » peut prêter à confusion car selon les publications elle peut se référer à au moins 3 variants différents : la lignée B.1.1.28, ainsi qu’à deux « descendants » appelés variant P.1 (initialement décrit à Manaus), et variant P.2 (initialement décrit à Rio). Ces 3 lignées sont apparentées mais c’est bien le variant P.1 qui est le plus préoccupant et au cœur de la surveillance génomique. L’évaluation de sa diffusion est difficile car elle repose d’une part sur la détection des infections par SARS-CoV-2, et d’autre part sur la surveillance génomique (séquençage) pour identifier formellement le variant associé à ces infections. Dans le premier cas, l’OMS estime que seules 10% des contaminations sont effectivement détectées (en France, nous en détectons 30%). Quant au séquençage, hormis quelques pays où il est très intense (Royaume-Uni, Danemark, Australie, Japon…), la plupart des pays ne séquencent guère plus de 1 à 2 échantillons pour 1000 positifs (2,4 pour 1000 en France) ! Les données relatives à la diffusion de ce variant P.1 doivent donc être analysées avec prudence car elles sont probablement très lacunaires.

À Lire Aussi

Covid-19 : Sommes-nous aveugles à la réalité de la menace du variant brésilien ?

Source : https://covidcg.org/

A ce jour, ce variant est évidemment présent au Brésil où il représente près de 40% à 50% des séquences analysées et semble avoir écrasé la diffusion du variant britannique B.1.1.7. Il a également été détecté dans 37 autres pays, soit sous forme de cas sporadiques (liés à des importations ponctuelles via des voyageurs), soit associé à des contaminations communautaires (avec des chaînes de contamination impliquant des personnes n’ayant pas voyagé).

Source : https://www.who.int/publications/m/item/weekly-epidemiological-update---16-march-2021

À Lire Aussi

Ce risque énorme que les Occidentaux font courir au monde en ne recourant toujours pas aux stratégies ZéroCovid

 

En France, les premiers cas associés à ce variant P.1 ont été officiellement recensés le 04/02/2021 dans le Var, en région AURA, et à La Réunion. Parmi ces cas on recensait notamment une importation directe depuis Manaus via un transit par Sao Paulo, Francfort puis Marseille ; ou une contamination d’un soignant exerçant dans les hôpitaux de Genève et associée à une dizaine de cas secondaires en France. Des cas sont régulièrement détectés, encore récemment chez un écolier et dans l’entourage d’un collégien dans l’Orne, provoquant la fermeture de 2 classes. Cependant, d’après les données récentes fournies par Santé Publique France via les « enquêtes flash », on note que la proportion du variant P.1 reste très faible parmi les séquences analysées (de l’ordre de 0,1% début mars). Il est encore tôt pour évaluer la menace que représente ce variant en France. On sait qu’il est notamment porteur de mutations associées à une transmissibilité accrue (notamment la N501Y), ainsi que de mutations associées à l’échappement immunitaire (notamment E484K et K417T). Il possède donc un potentiel préoccupant mais semble pour l’instant contenu. Il faut cependant rappeler que « l’ensemencement » du territoire par ce variant (nombre de cas initialement importés) est très nettement inférieur à ce que nous avons observé avec le ...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...