Le vendredi 9 septembre 2022, Jean-Luc Godard a eu un dernier souhait. Il avait besoin d'une citation de Jean-Paul Sartre pour terminer son film Scénarios, mais le livre manquait sur les étagères de sa maison suisse. Le temps pressait : il était confronté à une échéance difficile. La scène finale du film devait être tournée lundi. Mardi, le réalisateur mourrait par suicide assisté.
Fabrice Aragno reprend l'histoire. Collaborateur de longue date de Godard, Aragno était ses yeux et ses oreilles, son conseiller technique de confiance. Il serait sûrement capable de trouver le livre quelque part. «Donc le vendredi à 17h30, je roule très vite jusqu'à Lausanne, à 20 milles de là», se souvient-il. «Je gare la voiture et je transpire. Je cours à la bibliothèque mais la bibliothèque est fermée. Je cours chez une libraire d’occasion mais ils n’ont pas le texte. De toute façon, il est épuisé. Et je cours pour ma vie. Ou pas ma vie, pour la vie de Jean-Luc.
L'ordre impénétrable ; le défi impossible ; l’intrigue aux enjeux élevés avec un philosophe français comme Saint Graal… si le dernier acte de Godard semble positivement godardien dans l’esprit, il y a une bonne raison : tout cela faisait partie d’une pièce. L'œuvre était l'homme : entrelacée, indivisible. Il n’est pas étonnant que sa mort soit devenue une entreprise créatrice en soi. « Respecter les délais, c'est la raison d'être de Scénarios », déclare Aragno. « En français, on entend vraiment ce...
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