CO₂ : faut-il capter pour décarboner ?

JournalCNRS - 10/11
La Commission européenne est catégorique : pour lutter contre le dérèglement climatique, la technique de capture et de stockage du dioxyde de carbone (CO₂) sera indispensable. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Où en est le déploiement de cette technologie ? Et quels freins l’entravent ? Décryptage.

(Cet article a été initialement publié dans le n°16 de la revue du CNRS Carnets de science)

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, il faudra compter sur la capture et le stockage du dioxyde de carbone (CO₂) : voilà un des messages forts du rapport publié début février 2024 par la Commission européenne, qui porte sur les grandes orientations de la gestion du carbone industriel en Europe1. Selon l’instance européenne, le captage et le stockage de carbone (CCS pour carbon capture and storage) sera indispensable pour absorber, chaque année, environ 280 millions de tonnes de CO₂ d’ici à 2040 et environ 450 millions de tonnes d’ici à 2050. C’est dire si Bruxelles mise sur cette approche ! Mais voilà : comme l’a souligné la revue scientifique Nature dans un article2 publié quelques jours plus tard, la dépendance de l’Union européenne vis-à-vis de cette technologie n’est pas sans danger… Et pour cause : le déploiement du CCS bute sur plusieurs obstacles...

Précisons que selon le bilan 2023 du Global Carbon Project3 (le « Projet mondial de carbone » est une organisation qui cherche à quantifier les émissions mondiales de gaz à effet de serre et leurs causes), les activités humaines (industries, transports, chauffage…) n’émettent pas moins de 40 milliards de tonnes de CO₂ chaque année. Problème : ce puissant gaz à effet de serre contribue au réchauffement climatique. Or, d’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), une hausse de plus de 2 °C provoquerait une élévation du niveau des mers et une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, tempêtes, sécheresses…).

La chasse aux émissions résiduelles

Pour atteindre la neutralité carboneFermerÉquilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone de l’atmosphère par les puits de carbone. en 2050, le Giec table sur deux grandes solutions : la diminution des émissions, via la réduction des consommations d’énergie, une utilisation plus efficace de celle-ci et le remplacement progressif de la plupart des ressources fossiles (pétrole, gaz…) par des énergies décarbonées (solaire, éolien, nucléaire et marémoteur) ; le retrait de CO₂ des fumées industrielles, voire directement de l’air. 

La cimenterie Heildeberg Materials à Antoing, en Belgique, a choisi d’équiper son site de production de capteurs de carbone afin d’atteindre un objectif de neutralité carbone (février 2024).
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