Notre relation aux livres n'est pas tout à fait rationnelle

Bérengère Viennot - Slate FR - 09/09
La relation épidermique que nous entretenons avec nos bouquins dépasse le seul contenu de leurs textes. Si les polémiques entre pro et anti-pass sanitaire vous émoustillent les neurones, si vous savourez avec délices les altercations entre ceux qui trouvent qu'on saccage...

Si les polémiques entre pro et anti-pass sanitaire vous émoustillent les neurones, si vous savourez avec délices les altercations entre ceux qui trouvent qu'on saccage Paris avec des plots en plastique et des bancs incongrus et ceux qui prêchent une modernité en bois et en carton, si vous êtes le spectateur enthousiaste de joutes entre gens prêts à perdre leur âme pour défendre le point médian et tenants de la bonne grammaire bien de chez nous, malgré toute la violence dont votre quotidien virtuel est marqué, vous n'avez encore rien vu.

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La sacralisation, un grand classique

La vraie violence pure des réseaux sociaux, elle m'a explosé en pleine figure un médiocre dimanche d'août, au détour d'un tweet, alors que je venais de tomber en arrêt avec ma fille devant un étalage de livres bariolés dans une librairie anglaise. Confrontées à des éclats de fantaisie parant des montagnes de classicisme, nous nous sommes ébaubies devant des classiques inébranlables de type sœurs Brontë, Charles Dickens et autres Jane Austen, mais proposés avec des couvertures colorées, un peu naïves, à la frontière entre l'Art Déco et la vieille pub vintage.

J'ai alors obéi à mon instinct de twitteuse compulsive: j'ai pris une photo et, avide de partager mon choc esthétique avec le reste du monde, j'ai posté. C'est à ce moment-là que le sol s'est dérobé sous mes pieds. Une flopée d'internautes me sont tombés sur le râble pour exprimer leur dégoût,...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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