Le 5 août 2014 au matin, le Japonais Yoshiki Sasai, pionnier dans la recherche sur les cellules souches et un temps envisagé pour le prix Nobel, était retrouvé pendu dans son laboratoire de l’institut Riken de biologie du développement. Un suicide motivé par un soupçon de fraude, largement relayé sur le Web, qui pesait contre lui depuis cinq mois et venait d’aboutir à la rétractation de deux articles qu’il avait cosignés avec l’une de ses collaboratrices dans la revue Nature. L’enquête interne diligentée par l’institut Riken avait certes innocenté Sasai, mais elle avait aussi démontré que sa collègue Haruko Obokata avait manipulé des données. Cela n’avait donc pas mis fin aux critiques reprochant à Yoshiki Sasai de n’avoir pas su correctement superviser les travaux menés au sein du laboratoire qu’il dirigeait. Par-delà le scandale, l’effroi et le sentiment de gâchis, l’issue dramatique de cette affaire aura rappelé deux faits : d’une part, que la science n’est pas épargnée par la fraude ; d’autre part, que cette fraude, parfois favorisée par la forte compétition entretenue entre chercheurs, peut avoir des conséquences qui vont bien au-delà de la simple rétractation d’un article.
Car, si tous les cas de mauvaise conduite scientifique ne se terminent heureusement pas par le décès de l’un des protagonistes, on doit bien reconnaître, à l’instar de Michèle Leduc, présidente du comité d’éthique du CNRS (Comets), que « les révélations récurrentes par les médias de cas de fraudes telles que la falsification de résultats, rares mais spectaculaires, portent atteinte à l’image des scientifiques et à leur crédibilité ». Et l’on doit reconnaître aussi que ces quinze dernières années ont été marquées par une succession de révélations de fraudes scientifiques majeures publiées dans des revues prestigieuses, impliquant des chercheurs respectés qui travaillaient sur des sujets très porteurs tels que le clonage, la reprogrammation cellulaire ou la nano-électronique. Certains en sont donc venus à se demander si cette apparente recrudescence des scandales n’était qu’une illusion médiatique renforcée par la caisse de résonance du Web ; ou bien si la multiplication de ces affaires, partie émergée de l’iceberg de l’inconduite scientifique, n’indiquait pas que quelque chose était désormais pourri dans le royaume de la recherche scientifique mondialisée.
Longtemps minoré, voire nié, ce phénomène est en tout cas pris très au sérieux par tous les acteurs de la recherche (chercheurs, financeurs, inst...
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