«Une famille», «Averroès et Rosa Parks», «Smoke Sauna Sisterhood», enquêtes d'humanité

Jean-Michel Frodon - Slate FR - 19/03
Chacun à leur façon, les films de Christine Angot, de Nicolas Philibert et d'Anna Hints mobilisent les puissances du cinéma pour aller au plus proche des réalités vécues, subies, mais reconstruites par des hommes et des femmes en vie.

Parmi les nouveaux films de ce mercredi 20 mars, trois documentaires particulièrement remarquables mobilisent chacun les puissances du cinéma. Le premier film réalisé par l'écrivaine Christine Angot, la nouvelle œuvre du cinéaste chevronné Nicolas Philibert et la réalisation de l'inconnue Anna Hints semblent avoir bien peu en commun.

Pourtant, chacun, par des approches complètement différentes, donne accès à des dimensions passionnantes, émouvantes, nécessaires, que seul le cinéma documentaire permet d'approcher.

Les deux premiers semblent labourer un terrain archi connu, sa propre histoire traumatique dans le cas de l'autrice d'Un Amour impossible (2015), l'univers psychiatrique si souvent filmé et souvent bien filmé, déjà à deux reprises (La Moindre des choses, Sur l'Adamant), par Nicolas Philibert.

C'est précisément à l'aune de ce déjà-connu que se mesurent les apports immenses que des choix de cinéma –décisions d'autrice et d'auteur en phase avec les potentialités du médium– ouvrent des approches inédites et salubres.

Le troisième entre dans un lieu non pas secret mais en retrait, jamais filmé, pour donner accès, par la présence des corps de femmes et la manière dont la parole y circule, par les choix de réalisation de son autrice au plus près et au plus visible de la présence physique, à des territoires invisibilisés.

Parmi les choix de mise en scène qui préside à chaque film, on repère ce qui peut apporter dans chaque cas, là aussi fort différents, la frontalité d'un regard qui va au-devant de ce qu'il filme chez Christine Angot, qui se met en position de disponibilité et d'accueil chez Nicolas Philibert, qui caresse et vibre chez Anna Hints. Trois postures qui convergent finalement.

«Une famille» de Christine Angot

On sera parti de là où elle vit et travaille, où elle écrit ses livres. On voit le bureau et puis elle, l'écrivaine, dont une part essentielle de l'œuvre est consacrée à cet événement décisif de toute son existence, le viol, les viols qu'elle a subis de son père. Le plus récent livre revient sur cet événement, il s'intitule Le Voyage dans l'Est (2021).

C'est le livre qui lui fait entreprendre un nouveau voyage dans l'est, à Strasbourg, pour une signature de l'ouvrage dans une librairie. La voix de Christine Angot dit, off, les premières phrases du texte, celles qui résument la situation qui avait motivé le premier voyage, quand elle avait 13 ans.

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