En 1903, paraissent en Russie des extraits d'un petit livre intitulé Les Protocoles des Sages de Sion ou «Programme juif de conquête du monde». Le texte, soi-disant le compte-rendu de réunions secrètes où des sages juifs auraient détaillé un plan de domination globale, acquiert dans les années 1920 une renommée mondiale. Adolf Hitler le cite dans Mein Kampf afin d'alerter sur le «péril juif». Le quotidien conservateur britannique The Times y consacre un éditorial en 1920 et une enquête en 1921 pour dénoncer son inauthenticité. Dès sa sortie, la traduction française suscite l'engouement au sein de l'extrême droite.
À la même époque, entre 1903 et 1905, commence en Russie une deuxième vague de pogroms qui conduira à la mort de milliers de juifs. Au même moment, le tsar se lance dans la désastreuse guerre russo-japonaise (février 1904-septembre 1905), dont la défaite sera l'un des déclencheurs de la révolution russe de 1905.
Mais l'impact du texte ne se limite pas à l'Europe. Les Protocoles des Sages de Sion est évoqué par l'homme d'État égyptien Gamal Abdel Nasser, référencé en Arabie saoudite comme exemple de la «duplicité juive» et il est même mentionné dans la première charte du Hamas…
Le problème, c'est que cette publication est une pure invention. Plagiat parfois ligne par ligne d'un pamphlet français anti-Napoléon III de 1864, le livre est une création du bureau parisien de l'Okhrana, la police secrète du tsar et de l'Empire russe. Bien que dénoncé comme supercherie depuis le début du XXe siècle, Les Protocoles des Sages de Sion reste un document authentique pour tous les antisémites du monde entier. Il pourrait être considéré comme l'une des inspirations de la guerre hybride russe.
Ainsi, la désinformation est inscrite dans les gènes de l'appareil de renseignement russe depuis Nicolas II, dernier tsar de Russie (1894-1917)...
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